Par Gwenael Tison - publié le 05 septembre 2008 à 03h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h00 - 0 commentaire(s)
La Possibilité d'une île marque un tournant dans la carrière de l'écrivain Michel Houellebecq. Ce bulldozer des rentrées littéraires décline son dernier roman en un long-métrage inattendu. L'ancien élève de l'école Louis Lumière propose une adaptation totalement épurée qui ne laissera personne indifférent.

Du roman au film : que reste-t-il ?



Houellebecq franchit donc le cap de la réalisation, comme ont pu le faire Eric-Emmanuel Schmitt ou Philippe Claudel. Michel Houellebecq ne formate pas son film pour plaire au plus large public ou pour pérenniser une éventuelle carrière de cinéaste ou de scénariste. Comme tout bon créateur intègre et respectueux de son art, il propose avant tout une expérience sur grand écran, déjouant l'attente des lecteurs ainsi que celles des spectateurs. Car, partant de son récit d'anticipation, Houellebecq a joué la carte de l'épuration, tant dans le fond que dans la forme, conservant uniquement la substantifique moelle du récit originel. Il serait vain d’énumérer ce que Houellebecq a abandonné à l'écriture, tant l'adaptation diffère. En conservant l'esprit et le squelette narratif du livre, il offre une vision chargée de poésie et de noirceur ultra personnelle, dépassant toutes les coquetteries de romancier à la mode. Et l'on n’attendait pas moins de lui…

No Sex last night ?



Au fil de ses productions, la violence et le sexe sont devenus de véritables leitmotivs dans les romans de l'écrivain ; pourtant, ils sont totalement absents dans le film. Les très nombreux passages érotiques, voire pornographiques du livre, sont cruellement absents. À ce titre, le langage est extrêmement châtié et l'on ne remarque aucun écart. De plus, Houellebecq laisse place au silence là où d'autres romanciers cinéastes emplissent la bande-son d'un trop plein de dialogues. On est bien loin de "La vie sexuelle de l'homme se décompose en deux phases : la première où il éjacule trop tôt, la seconde où il n'arrive plus à bander". Michel Houellebecq évince avec un naturel déconcertant l'ensemble de ces passages, supprimant les nombreuses réflexions sur la sexualité, mais surtout il tire un trait sur la plupart des personnages féminins, comme par exemple l'émouvante Esther. Avec l'absence de cette femme si emblématique et attachante, c'est l'ensemble des frasques charnelles qui la mettent en scène qui disparaît. Il en va de même pour Marie. La tristesse et la mélancolie sont d’autant plus prégnantes dans le film que les femmes n’y font que de la figuration (à l’exception de la courte apparition d'Arielle Dombasle).


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