Par Gwenael Tison - publié le 05 septembre 2008 à 03h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h00 - 0 commentaire(s)
La possibilité d'une île sans amour

Tout comme le personnage d'Esther, bien d'autres protagonistes féminins sont évincés du grand écran. Houellebecq enterre jusqu'au sentiment amoureux qui subsistait dans le livre et avec lui, un Daniel25 ému devant les réminiscences de Marie qu'il a aimée par le passé et qui n'existe plus qu'en substance dans le monde post-apocalyptique. Dans le film, le personnage de Marie, tout comme l'ensemble des personnages féminins, se cristallise en une unique image : celle d'une femme universelle qui intervient dans la troisième partie du film. Sous les traits de la superbe Ramata Koité, Houellebecq crée une survivante tout comme l'est Daniel25, sans qu'aucun d'eux ne se croise. Plus qu'un souvenir, elle est l'incarnation même de la nouvelle Ève, tout comme Benoît Magimel en néo-Adam post-apocalyptique.



Mais si l'on creuse un peu, il subsiste tout de même une forme d'amour dans le film. Lorsque Houellebecq aborde la seconde partie, il oriente le récit essentiellement sur la relation père/fils. Ce rapport devenant le seul axe important aux yeux de Daniel 01 dans ce monde qui le rend indifférent. Point besoin d'évoquer un passé commun, la magie elliptique du cinéma agit et permet au spectateur de combler lui-même les trous narratifs en faisant appel à son imagination. Il met en avant un amour filial dominant près du tiers du récit, marquant un grand virage par rapport au livre. Le prophète mourant, son fils va se porter naturellement à son chevet. Débordé par l'émotion, il commencera à croire aux élucubrations de son père concernant le clonage.

La possibilité d'une île ou l'anticipation vue par Houellebecq



On retrouve plus de fidélité dans la manière dont Houellebecq transpose la troisième partie de son roman à l'écran. La vision futuriste est très similaire, son écriture à la fois descriptive et poétique est idéalement retranscrite. Les décors post-apocalyptiques qu'il met en scène sont d'une beauté fulgurante. À ce titre, le plan d'hélicoptère où Daniel25 sort de sa grotte utérine et débouche sur le flanc d'un cratère est l'un des plus beaux du film, bénéficiant d'une orchestration grandiloquente. Les tableaux qu'il nous livre sont paradoxaux pour une esthétique de fin du monde : ils se parent d’un lyrisme déroutant. Ils renvoient aussi aux clichés figurants en complément de la nouvelle Lanzarote, pris par Houellebecq lui-même. Au milieu de décors minéraux, lunaires et basaltiques, on découvre une terre épurée de toute trace de l'homme, gorgée de couleurs crues et presque surréalistes. Là où Houellebecq arrivait à susciter des paysages avec les mots, il capte les images comme des tableaux immobiles dans lesquels Daniel25 erre sans but. La beauté contemplative des cadrages renvoie aux descriptions de la dernière partie du livre, plébiscitée par une majeure partie du public. Houellebecq accorde une importance énorme aux décors et aux musiques, donnant un côté expressionniste à la vision d’un futur peu habituel. Magimel est encore plus inexistant, perdu au milieu de l'image qu'il n'a de cesse de traverser dans tous les sens. Il rejoint parfaitement le propos qui conclut le livre, avec le néo-humain Daniel25, errant seul survivant d'un monde déchu sans la moindre personne à qui parler. Malgré le fait qu’il ait la vie éternelle et qu’il conserve les gènes et les pensées de ses précédents clones, il n'en demeure pas plus heureux, livré à une solitude effroyable. Ses seules paroles seront adressées au chien présent dans le livre. En échappant à l'emprise du temps, il a perdu tous désirs et toutes passions.
Vos réactions


logAudience