Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 14 novembre 2008 à 15h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h31 - 0 commentaire(s)
Contemporain de l’enfance du cinématographe, le premier conflit mondial par sa nouveauté et son ampleur a ouvert le XXe siècle de la plus significative et prémonitoire des manières. En signant son déroulement dans le sang et l’horreur, tout en impliquant les peuples comme jamais, il a notamment inauguré tout ce qui ferait de ce siècle aujourd’hui passé, celui de la peur et des massacres de masse. Mais plus encore que cela, a-t-il permis d’installer dans les existences d’alors et pour toutes les générations qui suivirent, l’une des dimensions essentielles et les plus incontournables de notre ère : l’image et son irrésistible prégnance.



Le cinéma durant le conflit : un nouveau média pour une guerre nouvelle

Enième conflit à être filmé après les crises de la toute fin du XIXe siècle et les affrontements du début du XXe en Russie puis ailleurs, la Première Guerre mondiale n’en est pas moins une guerre fondatrice pour le cinéma. Tout d’abord, elle s’inscrit dans le cadre de la naissance des actualités cinématographiques des grandes sociétés que sont alors Gaumont et Pathé. Actualités filmées nées entre 1908 et 1910 et qui lors de leurs diffusions en salles, vont se repaître à loisir du conflit qui ensanglante l’Europe.

Mais cet affrontement qui s’enlisa quatre années durant au lieu de ne durer que quelques mois à peine, comme l’ensemble des Etats-majors l’avaient hélas prévu, s’avérera être aussi le premier conflit majeur où l’image verra son enregistrement, son emploi et sa diffusion être encadrés par des intérêts bien supérieurs aux siens. Instrumentalisé à des fins propagandistes et très peu informatives, ce que l’on voit alors n’est que le résultat qu’en attendent des gouvernements que la guerre étreint. Ainsi, le cinéma utilisé en tant qu’enregistrement du réel est-il cantonné au rang d’archives militaires quand il n’est pas tout simplement l’expression accommodante qu’en souhaitent l’armée et le pouvoir politique. En effet, c’est au cours de ce conflit qu’est initiée, développée et en définitive créée la propagande de guerre relayée par le film, ce média du nouveau siècle.



La reprise de la Première Guerre mondiale par le cinéma en tant qu’art, supportant la fiction et portant une réflexion sur la guerre ne sera que postérieur. Il importera et se développera véritablement durant l’entre-deux-guerres, en se délestant des gangues imposées par des Etats en guerre. Pour mieux comprendre cela et la rupture qui suivra, on rappellera à dessein que ce conflit a cela d’original qu’il est le premier à user à ce point du « bourrage de crâne », de la propagande et de la censure, tous camps confondus. Et que le cinéma s’ajoute alors aux anciens médias comme l’un des nouveaux vecteurs susceptibles de conditionner et d’influencer efficacement les masses.


Vos réactions


logAudience