Par David A. - 30 juillet 2008 - 0 commentaire(s)
A l’occasion de la sortie de deux films de Wayne Wang, Un millier d’années de bonnes prières et La princesse du Nebraska, sorte de diptyque sur le destin de deux femmes chinoises de génération différente émigrées aux Etats-Unis, nous avons rencontré le réalisateur pour qu’il nous explique l’histoire de ces deux nouveaux films, les liens très forts qui les traversent et la place qu’ils prennent dans sa carrière. Ces précédents films, des comédies hollywoodiennes, ne rendent pas bien compte de la pertinence de ses films les plus anciens, pertinence que l’on retrouve enfin avec Un millier d’années de bonnes prières et La princesse du Nebraska ...





Vos deux nouveaux films viennent après une longue période de films très commerciaux, avez-vous ressenti le besoin de revenir à un sujet traitant de la Chine contemporaine et des immigrants chinois ?
Oui j’avais en effet l’impression d’avoir besoin d’une bonne douche !!! J’avais très envie de revenir à un projet indépendant, à un projet plus personnel, à un film qui serait l’antinomie de ce que le langage hollywoodien représente. Je voulais me consacrer à un projet en quelque sorte plus « pure », j’ai trouvé ces deux histoires courtes dans un recueil et j’ai décidé de les adapter.

Pourquoi en particulier ces deux histoires sur deux femmes chinoises immigrées ?
J’ai senti que ces deux femmes et le père de la première représentaient trois générations de Chinois, trois générations très différentes qui ont vécu l’histoire de la Chine récente de façon très distincte à cause de la Révolution culturelle, à cause de la Place Tian’anmen, à cause du développement économique, etc. Donc si vous avez vingt ans, trente-cinq ans ou plus de cinquante ans, vous avez une expérience différente de tout cela. Pour moi les deux femmes étaient vraiment les deux personnages le plus intéressants, notamment celle de trente-cinq ans, celle qui malgré une mémoire des évènements tente d’oublier tout ce passé assez lourd à porter. La plus jeune, elle, n’a presque pas de mémoire personnelle de cette histoire, parce que tous ces évènements sont comme balayés de la mémoire des jeunes. Ils sont à peine renseignés sur la Place Tian’anmen ou sur le boom économique, les jeunes ne savent pas vraiment ce que cette croissance économique peut leur offrir. Je trouvais que ces deux histoires en particulier racontait beaucoup, même de manière indirecte, de ces soixante-dix dernières années de l’histoire de la Chine.





Yilan, la femme trentenaire qui est née en Chine, tente de fuir son enfance et son éducation, elle essaye de trouver un nouveau point de vue sur la façon de vivre au quotidien, Sasha, la plus jeune, au contraire est ignorante des aspects culturels de son pays et ne semble pas porter plus d’attention à cette histoire nationale ...
Oui Sasha se construit en fait son propre monde, ses propres repères avec la technologie, son téléphone portable ou encore son journal intime en écrivant tout les jours ses expériences personnelles, parce qu’elle n’a rien derrière elle, ni passé, ni mémoire, ni histoire.

Elle vit dans un monde un peu virtuel, un monde de désirs et de rêves ...
Oui. J’ai beaucoup interrogé de jeunes chinoises et cette perception du quotidien est très installée parmi cette génération de jeunes gens. Leur monde est très virtuel et très direct. Pour eux il n’y a rien de mal à exprimer directement leurs pensées, une jeune femme peut désormais avouer son intérêt pour un garçon, l’inviter et coucher avec lui, c’est une façon de se comporter qui n’avait pas du tout cours en Chine avant. Aujourd’hui les jeunes sont très ouverts, très libres de tout carcan. Certainement parce qu’ils n’ont pas la mémoire du passé. Je parle bien entendu des jeunes gens qui vivent dans des cités urbaines, c’est très différent dans la campagne profonde. Tout ceci m’a vraiment interpellé et je me suis demandé ou tout cela nous menait alors que la Chine devient peu à peu une grande puissance économique mondiale.


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