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La prostitution au cinéma [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 21 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 21 octobre 2009 à 15h48 - 0 commentaire(s)
La figure de la prostituée fascine de longue date le cinéma. Par son ambiguïté intrinsèque, évoquant le monde de la nuit, les pulsions sexuelles, la clandestinité et l'interdit. Il y a là quelque chose de sombre, de sexy, de glauque et de ténébreux, de dangereux, qui ne peut qu'imprimer la pellicule. Et puis il y a cette dimension d'innocence perdue, de déchéance, toujours assez déchirante. Steven Soderbergh revisite ce thème en portraiturant une call-girl dans Girlfriend experience, film de sa veine plus expérimentale, tourné en peu de temps.



L'innocence perdue

On se souvient d'abord de la belle romance qui unit Serge Reggiani et Simone Signoret dans Casque d'or de Jacques Becker en 1952. Le film est un classique qui vaut à sa vedette féminine une renommée internationale. Ainsi, la fille de mauvaise vie connaît l'amour. La reconstitution du Paris du début du siècle est belle et authentique. On songe aux classiques littéraires : à Maupassant (qui a décrit ce milieu d'une manière sublime) ou à Zola (dans Nana en particulier, qui connut également quelques adaptations). Mais il y a ici de la poésie et de l'innocence, au sein d'un milieu trouble, celui des gangsters de la Belle époque. Et l'héroïne est tiraillée entre la noirceur, l'âpreté de son existence et un amour qui, par contraste, paraît presque irréel. On retrouvera souvent cette logique, jusque dans Pretty woman, Cendrillon des temps modernes. En y réfléchissant, la relation improbable entre Julia Roberts et son riche prince charmant n'est pas exempte d'un certain cynisme (l'argent achète aussi l'amour), mais la belle est dans une telle nécessité, sur les trottoirs désenchantés de Hollywood boulevard, que son histoire a toutes les allures d'un conte de fée.



Il y a un trait, presque toujours associé au personnage de la prostituée, c'est son grand coeur. Recueillant dans son lit le désespoir d'hommes en quête d'étreintes et de chaleur, même monnayée, elle incarne un réconfort absolu et triste. Dès Autant en emporte le vent en 1939, le personnage le plus proche de Mélanie la bienveillante, est celui de la vieille amie de Rhett Butler, Belle Watling fardée et vêtue de couleurs criardes, opposée à la calculatrice et égoïste Scarlett, Belle est une incarnation de vertus paradoxales, offrant refuge et alibi à ceux que la loi ne protège pas. La réputation scandaleuse de la dame la condamne aux yeux des honnêtes gens, en faisant de nouveau le symbole d'une innocence perdue, un être au ban de la société. Marion Cotillard symbolise également cela de manière beaucoup plus violente dans Un Long dimanche de fiançailles : elle est la part obscure de l'héroïne Audrey Tautou, poursuivant le même but (retrouver son amour perdu), mais avec des usages criminels et vengeurs.

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