Incarner et raconter Ernesto Guevara au cinéma, quel défi ! Affronter les foules idolâtres et ses contempteurs, sans parler des inévitables déçus et autres critiques, voilà à quoi se résume la tâche du comédien avant même d’endosser les habits du célébrissime révolutionnaire. Peut-être cela explique-t-il que le Che ait été peu campé dans les années qui ont suivi sa tragique disparition avant de refaire une apparition fort remarquée depuis la décennie 1990. A l’occasion de la sortie du film
Le Che – Guérilla, le second volet de l’œuvre de Soderberg, il semblait donc opportun de revenir sur ceux qui ont campé le plus cubain des argentins.
Le Che, indissociable de Cuba…De
Soy Cuba à
Adieu Cuba, la figure du Che est tout d’abord inévitablement liée au destin de l’île caribéenne et à celui de l’homme qui la libéra de Batista, Fidel Castro. En effet, que l’on aborde Ernesto Che Guevara par le biais du documentaire ou de la fiction, la majorité de ses incarnations et des références faites à son existence, le rapproche de La Havane et de sa conquête. Evidemment, certaines oeuvres traitent de l’avant-Cuba (
Carnets de voyage de Walter Salles) ou explorent l’épisode le plus sombre qu’est sa fin (
le Che – Guerilla).
Face à la légende du Che, certaines oeuvres, fictionnelles ou non, ont ainsi une volonté édificatrice quand d’autres au contraire, loin d’être romantiques, propagandistes ou sanctificatrices, se destinent à vouloir traiter l’homme et le révolutionnaire avec la plus mordante objectivité. Dès lors, au regard de sa trajectoire et de sa vie tumultueuse et mouvementée, on comprend pourquoi le cinéma s’est tant intéressé au natif de Rosario et pourquoi il a tant peiné à introduire une juste distance vis-à-vis de ce dernier. Explorons maintenant plus à fond le traitement que lui a réservé le medium.
Le Che, entre héros de documentaire et partisan décriéSi la télévision foisonne de documentaires qui le dépeignent avec plus ou moins de crédit, Ernesto Che Guevara profite surtout de son passage cinématographique pour s’imposer comme le personnage historique à avoir suscité le plus de projets documentaires. Ainsi, si l’on excepte le court-métrage narratif qu’est
Che – Rise and fall de Eduardo Montes-Bradley, les films ne manquent pas et très étonnamment tous s’inscrivent dans un cadre temporel relativement proche. En effet, nombre de ces métrages ont été réalisés après 1992, c'est-à-dire juste après la chute de l’URSS et donc de la Guerre Froide. Si cela peut tenir du hasard, il faut surtout convenir que la chape de plomb idéologique lié au personnage perd de sa vigueur délestée du conflit entre les deux blocs. Dès lors, penser et traiter du Che ne fait plus peur et peut au contraire fasciner sans que l’on soit accusé de fomenter de quelconques ambitions gauchistes voire révolutionnaires.
Ainsi,
Ernesto Che Guevara, the Bolivian Diary composé par Richard Dindo en 1994 fut l’un des premiers documentaires sérieux réalisés après la chute de l’URSS, sur le personnage. Si son propos est clairement hagiographique et focalisé exclusivement sur le parcours tragique du Che et sa fin en Bolivie, il est surtout l’un des premiers à connaître une diffusion en salles et présente les grands traits de ce qu’en feront plus tard les documentaristes : une icône que l’on dévoile. Alors qu’il est porté par la voix de Jean-Louis Trintignant et de Christine Boisson, il précède
El Che, enquête sur un homme de légende d’Augustin Pérez Pardella qui voit le jour en 1997. Informatif mais surtout mais pro-Guevariste, il marque les limites du genre à se défaire de l’imagerie imposée par le cliché fameux de Korda et les positions historiques de notre révolutionnaire au cigare.