Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 23 décembre 2008 à 03h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 20h39 - 0 commentaire(s)
Depuis La noire de… d’Ousmane Sembene jusqu’au récent N'Djamena City, le cinéma africain offre au monde sa voix et sa créativité depuis le début des années 1960. Hélas, tributaire de nombre de difficultés, il peine encore à s’émanciper et ne parvient pas à se construire de manière suffisamment solide et pérenne pour faire autre chose que subsister. En effet, dans les cinquante sept pays qui composent ce continent qui rassemble la deuxième population au monde, on trouve moins de salles et de films produits tous pays réunis, qu’en France. Dès lors, se demander si le cinéma africain existe vraiment n’est pas que réducteur et facile, c’est aussi l’occasion de s’interroger sur ses carences, les expliquer et plus encore se risquer à penser ce qu’il pourrait être demain.

Cinéma et Afrique : un constat délicat

L’an passé, la Cinémathèque française donnait à voir plus de quatre-vingt films censés retracer les grandes étapes d’une cinématographie continentale à peine vieille de cinquante ans. A l’occasion de cet événement, ce sont ainsi de véritables merveilles qui nous furent données à voir et autant de questions qui surgirent. Qu’est ce que le cinéma africain aujourd’hui ? Quelle est son importance en volumes, en nombre de spectateurs ou d’écrans ? Quelle taille a son industrie ? Doit-on parler d’un cinéma africain ou d’un archipel de cinémas nationaux qui survivent chacun de leurs côtés.



Tout d’abord, il est une première donnée à affirmer. Bien que riche d’une filmographie qui dépasse plusieurs centaines de films, le cinéma africain est jeune. Et même s’il arrive à une maturité certaine, il demeure à tous niveaux très éloigné des vénérables centenaires européens ou anglo-saxons. De fait, ce cinéma est encore et toujours en gestation et tente de s’organiser à l’échelle continentale.

Autrement, malgré ses indéniables qualités et sa potentielle richesse, il faut également considérer qu’il n’est pas représentatif de la masse de population – près de 950 millions de personnes ! - à laquelle il peut se destiner. De même, n’oubliera-t-on pas non plus le fait que ce cinéma que l’on amalgame si facilement sous le terme générique « africain », n’est rien d’autre qu’un ensemble hétéroclite formé par au moins cinquante sept cinématographies nationales dont les langues, les cultures, les structures et les talents divergent grandement selon que l’on regarde un pays ou un autre.

Ainsi, si l’on considère simplement les poids lourds africains que sont l’Afrique du Sud, le Maroc et l’Egypte, on observe des différences colossales avec les Etats d’Afrique subsaharienne ou avec ceux d’Afrique noire. En termes de productions locales, de moyens mis à disposition ou simplement de filières, les écarts sont abyssaux. Par exemple, si l’Egypte parvenait à produire l’an passé 40 films et les projetait dans son parc de 231 salles, le Maroc pour sa part ne réussissait à en produire que 15 pour un parc estimé à 88 salles. Mais ces données n’ont de sens que si on les compare au Rwanda, à La Sierra Leone ou au Libéria où la production locale voisine le zéro et où le nombre de salles au sens strict n’excède pas davantage.



Autre exemple remarquable, l’Afrique du Sud, pays le plus avancé du continent, offre certes 780 salles mais ne parvient localement à ne produire que dix films nationaux, soit 2% de l’ensemble des films à l’affiche sur toute une année. Comparativement à la France où le nombre d’écrans pour la même année se porte à plus de 5300 pour un nombre de films produits supérieur à 160 et une exposition du cinéma français dépassant les 40% de parts de marché, on ne peut donc que tirer un noir constat de l’état du cinéma africain en termes de puissance, de structures et de productions.

En effet, le cinéma africain produit dramatiquement peu et lorsque certains de ses pays les plus avancés peuvent l’accueillir ou le subventionner, ils sont systématiquement concurrencés par des cinématographies étrangères et principalement américaine.


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