2001, Stanley Kubrick invente une nouvelle race. Dans l’épilogue surréaliste de son film ouvrant sur une multitude d’interprétations, l’ultime forme d’existence naît d’une association entre l’humain et la technologie. Si le film date de 1969, il résonne encore aujourd’hui comme un appel à l’aide, une évocation de l’extinction de la race humaine comme destinée immuable. L’homme est désormais dans une impasse, en proie à l’auto-destruction et cherchant constamment à redéfinir sa propre nature. Mais
2001, L’odyssée de l’espace est une œuvre de pure science-fiction par ce qu’elle évoque dans l’inconscient collectif de chacun. Si la science-fiction est un genre littéraire et cinématographique explorant les tréfonds de l’âme humaine en la projetant dans des univers futuristes ou nihilistes, le cinéma d’anticipation reste néanmoins plus proche d’un monde familier, souvent moins éloigné dans le temps, uniquement transformé par les dirigeants, les évolutions sociales et les chamboulements géo-politiques de la planète. Ce cinéma d’anticipation n’est pas né d’hier et les exemples ne manquent pas depuis les années 1950. Cependant, le cinéma américain et britannique a montré ces dernières années un véritable engouement pour ce cinéma à mi-chemin entre le drame social, le cinéma d’aventure et la quête initiatique.
Des Fils de l’homme d’Alfonso Cuaron à
V pour Vendetta de James McTeigue, cette forme de science-fiction mettant l’homme au centre de ses préoccupations est certainement la plus riche et pousse la réflexion à une dimension plus actuelle. Le cinéma d’anticipation possède une portée dans l’instant, évoquant immédiatement chez le spectateur des problèmes contemporains…Pessimiste mais toujours teinté d’espoir, ce genre cinématographique ne peut se résoudre à conclure définitivement le sort de l’espèce humaine. En quelques films, petit tour d’horizon d’un avenir peu reluisant
TERRORISME ET POLITIQUELe cinéma d’anticipation implique une notion temporelle, une rupture avec le présent qui permet de projeter son intrigue dans une nouvelle ère et quitter définitivement notre monde contemporain. L’anticipation n’est pas véritablement de la science-fiction à proprement parlé mais plutôt une parabole du présent, comme si un oracle pouvait prévoir que l’attribution du pouvoir à tel homme pouvait se solder par la destruction de la planète. Ces extrapolations permettent l’écriture de scénarios en lien avec l’actualité. Ainsi, il n’est pas innocent de voir l’adaptation des ouvrages graphique et littéraire d’Alan Moore et P.D James en ce début de millénaire où les ambitions et révolutions politiques sont marquées par un élément majeur : les attaques du 11 Septembre 2001. L’anticipation se penche alors sur la politique de la terreur et ses conséquences. Le terrorisme est devenu la donnée première de ce nouveau millénaire, dicte les actes des dirigeants et crée une atmosphère de terreur constante. Au profit de certains pouvoirs... Il est donc frappant de découvrir en 2006 une oeuvre aussi politiquement engagée que
V pour Vendetta dans le paysage hollywoodien. Prônant la révolution et mettant en lumière le pouvoir du peuple, déclarant un fervent amour pour la véritable démocratie et la liberté d’expression, cette oeuvre de James McTeigue, produite par les frères Wachowski va jusqu’au bout de ses idées, quitte parfois à choquer dans son évocation des méthodes terroristes pour appliquer des principes primordiaux. Dans le film, on ne peut plus lire le Coran, être homosexuel, étranger, ni même libre de ses dires. Si la situation extrême d’une société balisée où la liberté de chacun s’arrête là où un homme l’a décidé est tout à fait identifiable dans des pays orientaux, elle est encore abstraite dans les jeunes esprits occidentaux. Une grosse production américaine qui se permet notamment de mettre en cause la responsabilité d’un gouvernement sur l’acte terroriste le plus terrifiant jamais réalisé camoufle à peine les ambitions des scénaristes à mettre en lumière les actions cachées des hommes de pouvoir. L’ombre du 11 septembre 2001 plane constamment sur V pour Vendetta, comme une alerte générale...
