« A seize ans, j'avais compris - ou décidé - que j'étais écrivain, et j'ai composé, mis en scène et joué mes premières pièces au lycée. » Dès le début des années 90, à l'âge de 30 ans, l'homme rencontre un vif succès sur scène grâce à différents textes, tels que La Nuit de Valognes, puis Le Visiteur pour lequel il reçoit deux Molières, celui de l'auteur et de la révélation théâtrale. En 1997, il propose à Alain Delon et Francis Huster de tenir le haut de l'affiche de sa nouvelle pièce, Variations énigmatiques. Un an plus tard, il confie à un autre monstre sacré le rôle principal de Frédérick ou le Boulevard du Crime, en la personne de Jean-Paul Belmondo. Triomphe absolu. Désormais, la réputation d'Eric-Emmanuel Schmitt n'est plus à faire. Puis, l'auteur délaisse l'odeur des planches pour s'isoler davantage. Il se consacre alors essentiellement à l'écriture de romans et autres nouvelles. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer L'Evangile selon Pilate ou bien encore La Part de l'autre dans lequel Eric-Emmanuel Schmitt donne une vision possible de ce que serait devenu le Monde si Hitler avait été admis à l'Ecole des Beaux-Arts de Vienne. Parallèlement, et en toute logique, le Septième Art commence à s'intéresser de très près à l'auteur. En effet, ses nombreuses pièces à succès ne pouvaient pas ne pas connaître les faveurs d'une adaptation cinématographique. Ainsi donc, cette semaine, à l'occasion de la sortie en salles d'Oscar et la Dame Rose, retour sur un parcours pour le moins atypique, celui d'Eric-Emmanuel Schmitt à l'écran.


Un an plus tard, en 2003, Eric-Emmanuel Schmitt, terriblement déçu par ce triste Libertin, se concentre donc avec encore plus d'attention sur l'adaptation d'une autre de ses pièces, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran. L'histoire du film se déroule à Paris, dans les années soixante, où l'on suit le parcours de Momo, un jeune garçon de treize ans, livré à lui-même. Il a un seul ami, monsieur Ibrahim, l'épicier arabe et philosophe de la rue Bleue. Celui-ci va alors lui faire découvrir la vie, les femmes, l'amour et quelques grands principes. L'auteur définit parfaitement son oeuvre, qu'il considère comme « une fable, un voyage initiatique ». Il s'octroie désormais les services d'un réalisateur plus « intellectuel » en la personne de François Dupeyron. Concernant le rôle-titre, Eric-Emmanuel Schmitt ne voyait qu'Omar Sharif, selon lui l'interprète idéal. A la base, l'auteur s'est inspiré de son grand-père. « Il n'était pas épicier, ni musulman, mais c'était un homme immobile. Il était sertisseur », explique Schmitt, « il avait la parole toujours signifiante, même ses silences en disaient long ». Le film tend alors à en retranscrire parfaitement l'image et le souvenir qui lui restent. Bien loin de l'univers déluré et totalement absurde du Libertin, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran apparaît alors comme un film beaucoup plus intimiste et particulièrement touchant. Les deux comédiens, Sharif en tête, crèvent littéralement l'écran et nous embarquent avec une étonnante facilité en plein coeur d'un voyage spirituel. L'histoire s'apparente d'abord à un conte, avant de revenir peu à peu vers une réalité plus difficile encore. Elle donne aussi l'occasion à son auteur d'aborder le thème de la religion, souvent présent au sein de son oeuvre, confrontant ici la culture juive et musulmane. Un véritable tour de force. Les critiques sont désormais dithyrambiques, mais le succès en salles demeure bien trop faible. En revanche, un an après sa sortie au cinéma, le livre fut vendu à plus de 250 000 exemplaires en France et près de 300 000 en Allemagne. Progressivement, le public redécouvre le film. Et l'univers d'Eric-Emmanuel Schmitt au cinéma commence à prendre une très grande importance, si bien que désormais rien ne sera plus comme avant.

