LE VETERAN
L’HORRIBLE DOCTEUR ORLOF / JESS FRANCO
N’y allons pas par quatre chemins: Jess Franco inspire le respect absolu.
L’horrible docteur Orlof reste aujourd’hui comme l’une des œuvres les plus mémorables avec
Venus in Fur et
Vampiros Lesbos. Ancien médecin de prison, le docteur Orloff enlève des jeunes femmes, utilisant leur peau pour rendre visage humain à sa fille défigurée dans un incendie. Difficile de ne pas penser aux
Yeux sans visage, de George Franju. En même temps, dans le traitement formel et narratif, les deux films ne possèdent finalement pas grand-chose en commun. Tandis que l’un plaide pour une poésie morbide, l’autre fouille davantage dans des zones interlopes et exacerbe la violence et l’érotisme. Jess Franco a beau se cacher derrière de multiples pseudos (le compositeur Daniel White n’est autre que Franco himself); ce film devenu culte est passé entre les méchantes mains de dame censure qui n’a pas beaucoup apprécié de déluge de mauvais goût.
Il s’agit de la première production Eurociné – firme de Marius Lesoeur. Les connaisseurs savoureront…
LE NECROPHILE
AFTERMATH / NACHO CERDA
Tous les films de Nacho Cerda, réal toqué à la fois discret et minutieux dont les inspirations se révèlent proches d’un Cronenberg à son meilleur (c’est-à-dire attiré de manière égale par l’horreur, le fantastique et l’expérimentation) sont hantés par la mort. Maladivement. Construits comme des purgatoires. Obsessionnellement. Avec tout plein de personnages déphasés (nécrophile, doux rêveur, amoureux), coincés entre vie et mort, réalité et fantasme, quotidien glauque et utopie illusoire. Dans leur genre (fantastique, gore, macabre, érotique, spirituel), ces trois courts-métrages (
The awakening, Aftermath &
Genesis) constituent rien de moins que des objets de cinéma fichtrement puissants. Réservés toutefois à un public averti. Depuis, Cerda a signé
Abandonnée, une fiction moins impressionnante que les courts mais pourtant fort excitante.
LE SOLITAIRE
TESIS / ALEJANDRO AMENABAR
S’il y a bien un cinéaste mainstream dans cette liste de cinéastes, c’est certainement lui. Découvert avec
Tesis, thriller hallucinant sur le snuff movie où la maladresse du propos était largement compensée par l’intensité du scénario et une maîtresse formelle hors pair (notamment du hors champ), Amenabar a depuis rebondi avec
Ouvre les yeux, tumulte onirique d’une beauté inouïe. Avant de faire une carrière US remarquée (
Les autres avec Nicole Kidman, formidable film de chocottes à l’ancienne où « les autres n’étaient pas forcément ceux que l’on pensait ») et de finir sur un mélo aux antipodes de son style usuel (
Mar Adentro, avec Javier Bardem). Depuis, on aimerait avoir un peu plus fréquemment de ses nouvelles…