1. >
  2. >
  3. >
  4. >Le Cinema Fantastique Selon Dorothy [page 1]

Le Cinema Fantastique Selon Dorothy [page 1]

Par - publié le 04 août 2008 à 12h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 16h58 - 0 commentaire(s)
Des années après Fils du requin et Artemisia, Agnès Merlet revient avec Dorothy, un film fantastique cérébral guidé par le mouvement de l'âme dans lequel une psychiatre (Carice Van Houten, admirable) débarque sur une petite île au nord de l’Irlande pour étudier le mystérieux cas d’une adolescente (Jenn Murray, impressionnante) atteinte de schizophrénie et qui a tenté de tuer un bébé. Comme dans certains films de Bergman genre Persona ou Le silence (toutes proportions gardées), la folie indistincte de l'une et les déséquilibres de l'autre se reflètent secrètement. Le trouble de la psy est d'autant plus intense qu'elle arpente une terre étrangère et se cogne contre les us d'une communauté hostile. Personnages ambigus, ambiance bizarre: la cinéaste s’aventure non sans risques dans le réalisme fantastique et travaille une atmosphère anxiogène, cadrée avec un sens dramaturgique de l'esthétique. Vu les nombreuses références aux classiques du genre (Carnival of Souls, Ne vous retournez pas, The Wicker man), elle connaît manifestement ses classiques sur le bout des doigts (les références précises servant de balises ludiques pour les cinéphiles). L’occasion de lui demander son (modeste) point de vue sur le cinéma fantastique en France.



LE CINEMA DE GENRE
"Le fantastique est un genre qui m’a toujours intéressée. Dans Le fils du requin, il y avait une forme de réalisme poétique qui pouvait être assimilé à du fantastique. A l’époque, je voulais accentuer le climat dans cette direction en empruntant beaucoup à Lautréamont notamment. Mais je n’en avais pas les moyens. J’ai essayé de l’évoquer par une ambiance. Je déplore qu’il n’y ait pas dans le cinéma français ce goût pour le fantastique. Au moment de présenter un projet, je me souviens que les producteurs me rabâchaient sans cesse qu’il fallait éviter de faire des films fantastiques parce que les spectateurs français détestent ça. A une époque, on disait aussi qu’ils n’aimaient pas les films policiers alors qu’aujourd’hui on en produit beaucoup. J’ai l’impression qu’il y a un complexe par rapport à ça, même de la part des cinéastes. Certains journalistes aussi se pincent le nez en pensant que le genre n’est pas noble. Dans ce registre, les cinéastes français peuvent aussi tomber dans le travers de copier les films américains de studio, fait avec un budget conséquent. Mais ils leur manquent les moyens. Du coup, on a toujours l’impression de voir un film américain pauvre. Il faut que le cinéma français se tourne plus vers le cinéma indépendant américain où il y a une vraie richesse. On a les moyens de faire aussi bien et aussi inventif sans nécessairement avoir recours aux effets spéciaux."



FANTASTIQUE CEREBRAL
"Personnellement, je ne suis pas attirée par les films rivalisant d’effets spéciaux. Je dirai, mais ça ne regarde que moi, que ça n’apporte aucune émotion. Je ne suis pas sensible au côté factice. Pour moi, il faut qu’il y ait un ancrage dans la réalité comme dans les films de Polanski où on est dans le réalisme et finalement on bascule dans l’étrange. Je n’aime pas voir la ligne de fracture par exemple. Pour Dorothy, j’ai dû respecter des codes de films de genre. Je ne sais pas si on peut parler de purgatoire mais je voulais accentuer la notion de culpabilité. Je me suis amusée à reprendre les éléments les plus évidents. On sait pertinemment que l’île est un lieu dans lequel on peut s’échapper. La psychiatre dans Dorothy en est d’ailleurs prisonnière: elle ne peut pas la quitter. Mais elle va plus loin que sa fonction de psychiatre. Elle s’est trop investie dans le cas."


Vos réactions


logAudience