Par Elodie et Caroline Leroy - publié le 22 août 2006 à 03h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h07 - 0 commentaire(s)
Une relative liberté d'aborder tous les sujets
Si la portée du phénomène Nang Yon Yuk est indéniable et implique parfois le retour vers des valeurs conservatrices, voire réactionnaires, les sujets traités par les auteurs subissent en revanche peu de pression de la part de la censure. Selon Arnaud Leveau, historien et correspondant de presse basé à Bangkok, le poids de la censure reste faible. Elle ne s'applique quasiment que sur la nudité et sur les propos relatifs à la famille royale et à la religion. Ainsi, le cinéma thaï peut aborder à peu près n'importe quel sujet, contrairement au cinéma coréen qui ne pouvait se permettre de critiquer la société jusqu'à une période très récente, ou même au cinéma hongkongais. Si l'érotisme est entravé par la censure sur la nudité, les modalités de relation hommes / femmes les plus variées sont susceptibles de donner lieu à des films sulfureux, de la polygamie écœurante façon Krai Thong à la passion brûlante entre un adolescent et une trentenaire comme dans le superbe et très chaud Jandara.


JAN DARA

Bien entendu, l'autocensure, elle, existe bel et bien et va de pair avec les tabous sociaux. Ainsi, les homosexuels ont longtemps été présentés comme des personnages comiques ou vicieux. La tentative de viol dans Monrak Transistor en est une illustration, quoique le but semble être davantage de fustiger le milieu du showbiz et ses perversions. Cependant, quelques films récents s'attachent à donner une vision réaliste de relations entre deux personnes du même sexe – essentiellement des hommes, pour le moment, ce qui montre encore la persistance de certains tabous sur la sexualité féminine. Le plus bel exemple est certainement Tropical Malady, de Apichaptong Weeranathukul, œuvre fascinante dont la première partie développe une romance entre deux hommes sur une tonalité aussi réaliste et naturelle que celle d'un Lan Yu (Stanley Kwan). La déroutante seconde partie nous plonge quant à elle dans les tourments de l'un des personnages, le soldat, qui pourchasse une bête sauvage dans une forêt et qui bascule dans un délire, voyant ressurgir dans une ambiance surnaturelle son désir brûlant pour son ami. Dans le cinéma mainstream, la comédie attachante The Iron Ladies (Yongyoot Thongkongtoon, 2000) rencontre un grand succès en racontant le parcours véridique d'une équipe de volley-ball gay gagnante du championnat national en 1996. En ce qui concerne les transsexuels, on se souvient certes du transsexuel mégalo et cruel de L'Honneur du Dragon, incarné par l'actrice Jing Xing. Plus positive est la représentation proposée par Beautiful Boxer (Ekachai Uekrongtham, 2003), l'histoire vraie d'un boxeur qui doit gagner un match important afin de payer l'opération qui le transformera en femme.



La liberté d'aborder tous les sujets a cependant des limites. Outre la famille royale, s'il est un sujet que le cinéma thaï ne peut se permettre de critiquer, c'est la religion. Celle-ci est constamment présentée de manière positive dans les films – ce qui peut expliquer le scandale lié à Angulimala – et il n'est pas rare de voir apparaître dans les films populaires un personnage de moine pacificateur. C'est le cas dans Bang Rajan, dont le personnage du moine a pour rôle de nuancer (de manière un peu clichée) le propos du film vis-à-vis des Birmans, mais aussi dans Born To Fight, où le jeune moine incarne l'innocence et la sagesse. Dans Snaker aussi, la femme-serpent est élevée par un bonze qui la trouve alors qu’elle n’est qu’un bébé, lui offrant une chance dans la vie et l’opportunité de s’intégrer parmi les hommes.


TROPICAL MALADY


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