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Le Coin Du Cinephile : Angel Street (frank Borzage) [page 1]

Par - publié le 07 août 2007 à 12h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h26 - 0 commentaire(s)
Frank Borzage fait partie des cinéastes les plus sous-estimés de l’histoire. Souvent construits de manière délicate pour échapper à la censure, ses films rappellent que le cinéma et l’éblouissement sont une seule et même nature. Second volet d’une trilogie initiée avec Seventh Heaven – qui lui fait tant d’ombre par sa réputation prestigieuse – et créée par la Fox en réaction du succès de ce dernier au box-office, Street Angel touche à la quintessence de son art pictural en forme d’enluminure.

"A l’image du peintre, Borzage œuvre dans le courant «sublime», fait danser les anges et les démons, croit dur en ce qui l’anime, sonde l’amour comme la haine et signe un film en clair-obscur, miraculeux et éblouissant, ponctué par une scène finale touchée par la grâce..."


Cinéaste au parcours riche, aussi estimable que les Walsh, Dwan et autre De Mille de son époque, Frank Borzage possède une filmographie nichée de pépites rares et précieuses. Sa période faste commence aux alentours de 1925 pour s’achever à l’aube des années 40 avec le classique The Mortal Storm (1940), le premier film Hollywoodien qui sonde le racisme rampant de l’Allemagne des années 30 et dénonce les exactions nazies sans que le mot «juif» ne soit prononcé (les personnages parlent de «non-aryen») ou encore son adaptation de The Shop Around The Corner, avec dans les rôles principaux James Stewart et Margaret Sullavan. Parmi les classiques, se cache un joyau du cinéma muet: Street Angel (aka L'ange de la rue en Français). Pendant moins de deux heures, on suit le parcours d'Angela (Janet Gaynor), une jeune Napolitaine issue des milieux défavorisés, désemparée par la maladie de sa maman grabataire. Pour trouver de l’argent, elle mendie au coin des rues, n'hésite pas à se prostituer et finit par voler l’argent d'un client, laissé à un comptoir. La demoiselle se fait pincer et écope d’un an de prison. Rebelle, elle s’en échappe, apprend de plein fouet la mort de sa mère et se joint pour fuir son quotidien putride à un cirque ambulant mené par des Bohémiens de cœur antique. Elle trouve une place de danseuse acrobate et devient illico la vedette. Là-bas, elle croise un peintre (Charles Farrell) qui désire tirer son beau portrait.

La jeune Cendrillon regarde l’œuvre et découvre le miroir de sa beauté insoupçonnée. Il la transfigure. Et il faut voir comment Frank Borzage sonde à ce moment précis l’état amoureux. Un jour, elle est effrayée par des carabiniers et tombe lors d’un numéro d’échasses. Entichée de son nouvel amoureux, elle retourne à la case départ vivre dans les quartiers mal famés de Naples. Elle sera confrontée à l’hostilité de son voisinage, incarnée par une prostituée aigrie à la présence mauribonde qui va jeter des bâtons dans l’intrigue. Le paradoxe veut que sans elle, le jeune couple ne pourrait pas réfléchir sur l’état des choses et la puissance de leur amour sacré. L’art de Borzage réside dans la composition éblouissante des plans, la force d’incarnation de ses acteurs solaires, sa faculté à disséquer l’âme humaine en refusant les abîmes saint-sulpiciens et en montrant des vicissitudes à la résolution si possible optimiste et lumineuse. Ce sera le cas dans ses oeuvres muettes, un peu moins dans celles qui suivront. Loin de se résumer à des pantins grimaçants, les interprètes (remarquables) expriment tous les charivaris intérieurs de personnages complexes qui prennent conscience du poids de la morale, de l’importance des sentiments, des conséquences de leur acte.


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