«On ne sait jamais ce qu’il y a dans la tête d’un enfant en dehors de ce que nous y avons mis», dixit Jean Pourtalé, réalisateur de
Demain les mômes, une fable d’anticipation pessimiste qui montre des survivants perdus dans un monde en ruine. Le pauvre Niels Arestrup va comprendre très rapidement que l'homme est un loup pour l'homme. Grand prix au 3e Festival du Film fantastique et de science fiction, un objet rarissime aujourd’hui qui s'aventurait non sans audace sur le terrain glissant de la science-fiction made in France.
"Comme l’indique le titre, Demain les mômes questionne la place de l’individu, et par extension de la collectivité, dans une société à l’abandon. Notamment celle de l'enfant, censé devenir l'adulte de demain."
Il fallait oser un film pareil (un récit post-apocalyptique dans une France dévastée) et encore plus d'audace pour mettre en crise les préjugés de l'innocence, la vénération confite de l'état d'enfance, ce genre de choses qu'on voit trop souvent au cinéma. A croire que dans les années 70 les cinéastes de chez nous avaient plus de liberté et moins peur de se faire taper sur les doigts. Repensez à des propositions bizarroïdes comme
France société anonyme d’Alain Corneau, objet intéressant mais vicieux fomenté par le réalisateur de
Série noire, ou encore
Le dossier 51, de Michel Deville, réflexion paranoïaque glaçante à souhait. Les cinéastes français d’aujourd’hui qui osent perdurer cette tradition n’existent (quasiment) plus. A moins qu’il ne faille aller les chercher du côté de la Belgique (suivez mon regard). Revenons à nos moutons: ce très rare et très méconnu
Demain les mômes, signé Jean Pourtalé, dont nous n'avons plus eu de nouvelles par la suite, s’impose tout d'abord comme l’une des vraies tentatives du cinéma de science-fiction dans l'Hexagone. Une tentative qui tient la route et n’a pas peur de froisser les esprits bien pensants. Les mêmes qui ont tiré à boulets rouges sur nos chefs-d’œuvre reconsidérés sur le tard comme
Mais ne nous délivrez pas du mal, de Joel Séria.