Le protagoniste Arestrup incarne par son regard le gâchis de l'innocence et le dernier souffle de l'humanité. A travers lui, c'est l'adulte qui en prend un coup: les enfants ne sont pas des êtres purs et sont bien capables de ressentir des choses extrêmement fortes - on ne remerciera jamais assez Lucile Hadzihalilovic d'avoir dépoussiéré avec son sublime
Innocence les préjugés gnangnans et ainsi perduré cette tradition
seventies. Ses efforts sont désespérés: se dessine devant lui le portrait d’une génération moderne, rapide mais perdue, qui préfigure la révolte. On peut voir la même inquiétude de
Sa majesté les mouches à
If, de
La révolte des enfants jusqu’au récent
Battle Royale, des films qui partagent le même dénominateur commun que
Demain les mômes. A savoir la capacité des têtes blondes à s’organiser sans les adultes. La tonalité anxiogène est renforcée par la bande-son efficiente de Eric Demarsan, toute en nuances subliminales.
Parmi les enfants, on note la présence d’une Emmanuelle Béart qui accompagnée des gamins de son village venait d’avoir 12 ans et qui, selon ses propres mots, ne se souvient plus du tout du tournage. Fabrice du Welz, lui, s’en est certainement souvenu puisqu’il lui a proposé un rôle dans
Vivyan dans lequel elle joue une mère qui part en Thailande à la recherche d’un enfant disparu et tombe sur une colonie d'enfants livrés à eux-mêmes. A bien des égards, il serait intéressant de voir s’il existe un lien entre les deux films et si la présence de Béart est si hasardeuse que ça. Faute de moyens colossaux, Jean Pourtalé ne pouvait pas se permettre d'images "spectaculaires" et c’est un mal pour un bien. Gangrené jusqu'à l'os par le nihilisme (l’absence de dialogues contribuant à la déshumanisation patente),
Demain les mômes n’en instille pas moins un vrai malaise qui perdure longtemps après son visionnage. Jolis mômes donc.
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