Par - publié le 07 novembre 2006 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h16 - 0 commentaire(s)
L'architecture du film est étouffante, oppressante, inconfortable, même s'il n'est pas interdit de rire jaune. La raison pour laquelle il met, par intermittences, très mal à l'aise vient de sa propension à aspirer dans son malaise. Plus le film avance, plus il cherche à identifier le spectateur à Trelkovsky jusque dans son délire mental comme lorsqu'il se jette sous une voiture pour se donner la mort et découvre à travers les visages de braves quidams ceux, souriants et maléfiques, de ces chers voisins.



Jusqu'à ce que le film, lui-même, devienne incontrôlable. Jusqu'aux mouvements de caméra pétrifiants où enfin on s'échappe de l'univers clos de l'appartement Icarien de Trelkovsky, hanté par l'obsession Simone Choule, et on pénètre de plain pied dans le théâtre de l'absurde où l'autre obsession Stella, double de Simone, amie suspicieuse et forcément coupable, assise aux premières loges d'une mort prochaine, arbore un regard excité à l'idée de voir son plan abouti (la destruction du héros). Jusqu'à la poursuite du personnage par tout le voisinage. Jusqu'à la représentation ultime où le personnage retient désormais l'attention de tous ceux qu'il a tenté de séduire. Jusqu'à l'incompréhension de ces "autres" agressifs, si fièrement ancrés dans l'uniformité et la déshumanisation sociales qui peuvent être pris d'un fou rire en annonçant qu'une personne s'est suicidée et ne comprennent pas la solitude maladive d'un personnage incapable de nouer des liens durables. Jusqu'à ce que l'on revienne au début d'un cercle infernal. Jusqu'à cette conclusion, terrifiante et brutale, qui stoppe les divagations et emmène le spectateur là où de très rares cinéastes ont osé aller. On est passé dans une autre dimension, annoncée par le film lui-même: objet de cinéma libre de ses audaces et indomptable dont le pouvoir hypnotique et angoissant n'a jamais pris de rides fictionnelles. A travers lequel tout un chacun peut hurler sa haine du monde comme le feront Choule et Trelkovsky, si fortement que ça marque les esprits.



Avec une économie de moyens (une musique qui revient de manière lancinante mais n'accentue jamais les séquences les plus troublantes - le visage des voisins à travers le Juda ou le couple de vieux), en ayant tout compris à la notion de peur au cinéma (le silence est d'or pour mettre le spectateur face à ses angoisses les plus secrètes et amplifier une peur psychologique qui se passe de tout effet gore ou spécial), Le Locataire fait partie de ces films qui rendent littéralement fous. Au point de ne pas s'en remettre. D'ailleurs, on ne s'en est jamais remis. De ce simple exploit, quelque fois relevé par David Lynch et ses atmosphères tordues (les univers parallèles de Lost Highway, le secret caché derrière le mur dans le songe éveillé de Mulholland Drive, le double de papa Palmer planqué dans la chambre dans Twin Peaks), on lui en est infiniment reconnaissant.

Le coin du cinéphile : la petite boutique des horreurs de Romain Le Vern


  • Donnie Darko (Richard Kelly)
  • Schizophrenia (Gerald Kargl)
  • Ne vous retournez pas (Nicolas Roeg) & Le cercle infernal (Richard Loncraine)
  • L'échelle de Jacob (Adrian Lyne)
  • Epidemic (Lars Von Trier)
  • Cruising (William Friedkin)
  • Croix de fer (Sam Peckinpah)
  • La clepsydre (Wojciech Has)
  • Moi Zombie, chronique d'une douleur (Andrew Parkinson)
  • Dellamorte Dellamore (Michele Soavi)
  • Braindead (Peter Jackson)
  • Carnival of Souls (Herk Harvey)
  • Ebola Syndrom (Herman Yau Lai-to)
  • A snake of June & Vital (Shinya Tsukamoto)
  • Tras el Crystal (Agustin Villaronga)
  • Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato)
  • La double vie de Véronique (Kieslowski)
  • The Baby (Ted Post)
  • Poison (Todd Haynes)
  • L'île (Kim Ki-Duk)
  • Subconscious Cruelty (Karim Hussain)
  • Le baiser de la femme-araignée (Hector Babenco)
  • Zombie (George Romero)
  • Le quatrième homme (Paul Verhoeven)
  • Les jours et les nuits de China Blue (Ken Russell)
  • Defiance of Good (Armand Weston)
  • Maîtresse (Barbet Schroeder)
  • Les chevaux de feu (Serguei Paradjanov)
  • La grande bouffe (Marco Ferreri)
  • Contes immoraux & La bête (Walerian Borowczyk)
  • Dans ma peau (Marina de Van)
  • Bad Boy Bubby (Rolf de Heer)
  • Requiem pour un massacre - Come and see (Elem Klimov)
  • I Want You (Michael Winterbottom)
  • Miracle Mile (Steve de Jarnatt)
  • Kissed (Lynne Stopkewich)
  • Un chant d'amour (Jean Genet)
  • The Baby of Mâcon (Peter Greenaway)
  • Santa Sangre (Alejandro Jodorowsky)
  • Possession (Andrzej Zulawski)
  • Les Révoltés de l'an 2000 (Chicho Ibanez-Serrador)
  • Mulholland Drive (David Lynch)
  • Pig (Rozz Williams & Nico B.)
  • Hustler White (Bruce La Bruce)
  • Hardcore (Paul Schrader)
  • Gummo (Harmony Korine)
  • Seconds (John Frankenheimer)
  • Mais ne nous délivrez pas du mal (Joel Séria)
  • Les prédateurs (Tony Scott)
  • Les nains aussi ont commencé petits (Werner Herzog)
  • Maladolescenza (Pier Giuseppe Murgia)
  • La clé (Tinto Brass)
  • Le sexe noir / Café Flesh (Joe d'amato & Stephen Sayadian)
  • Les fruits de la passion (Shuji Terayama)
  • Frankenhooker & Brain Damage (Frank Henenlotter)
  • Crash (David Cronenberg)
  • Léolo (Jean-Claude Lauzon)
  • J'irai comme un cheval fou (Fernando Arrabal)
  • L'Autre (Robert Mulligan) & Chaque soir à neuf heures (Jack Clayton)
  • Kamikaze Taxi (Masato Harada)
  • Hardware (Richard Stanley)
  • L´esprit de la ruche (Victor Erice)
  • Dancing (Patrick Mario Bernard, Xavier Brillat et Pierre Trvidic)
  • L'Inferno (Francesco Bertolini, Adolfo Padovan et Giuseppe De Liguoro)
  • Superstar: The Karen Carpenter story (Todd Haynes)
  • Electra Glide in Blue (James William Guercio)
  • Le Locataire (Roman Polanski)
  • Vos réactions


    logAudience