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Le Coin Du Cinephile : Safe (todd Haynes) [page 3]

Par - publié le 03 juin 2008 à 09h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h16 - 0 commentaire(s)
Surtout, Safe touche à l’essentiel: montrer la solitude de n’importe quel individu dans une mégapole grouillante. Capter ce sentiment qu'on n'appartient pas au monde qui nous entoure. Sonder cette solitude qui nous touche tous. Carol aurait pu se contenter d’une vie de femme foyer et elle la refuse. Marre des copines superficielles qui n’auraient rien à foutre d’elle si elle ne portait pas de belles bagues et de beaux vêtements. Marre du beau-fils qui ne fait rien d’autre que de se complaire dans le voyeurisme débile. Marre d’un mari qui est tellement obnubilé par son boulot qu’il oublie de s’occuper d’elle. Marre de chez marre. Mais le pire, c’est que Carol n’est rien sans eux. C'est là que réside le drame : l'impression de ne pas pouvoir s'en sortir par soi-même ou de vivre pour soi. Elle n’a pas d’enfant, elle donne des ordres avec une petite voix à des entrepreneurs, elle essaye de donner un sens au décorum sans réussir à en donner un à sa vie. Ce que j’adore dans Safe, c’est que rien n’est placé sous le signe d’une quelconque facilité malgré une trajectoire claire: Haynes se contente d’épurer son récit, de dénuder son personnage, d'écailler les relations humaines, de montrer des gestes mécaniques, de gratter le vernis superficiel pour laisser apparaître un trou béant pour qu’enfin un personnage retrouve une vie qui lui appartienne.


Happy end? Non. Juste une tristesse bizarre qui envahit l'âme. Même pas de la mélancolie, juste un cafard qui rend tout chose. Que ce soit visuellement (zooms et travellings qui traduisent une discrète révolution) ou narrativement (la mort, la naissance ou la place d’un objet dans une pièce sont traités avec la même indifférence, sans implication émotionnelle), Todd Haynes reste impec d’un bout à l’autre, totalement dévoué à son sujet, à son actrice, à son spectateur. Il ne fait que souffler le froid pour nous contaminer. Au départ chosifiée, Carol (Julianne Moore), bibelot de porcelaine aux os fragiles, ne ressemblait qu'à une chaise sagement rangée sous une table. A la fin du film, elle s’est métamorphosée tout en bouleversant celui qui regarde sa dérive, avec la distance qu'il faut pour qu'on soit tout retourné. Elle est devenue «quelqu’un»; mais, elle reste la seule à le savoir.




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