Pour Le Dernier vol, le réalisateur Karim Dridi s'est attaché les services d'un groupe de musique traditionnelle de Palestine composé de trois frères joueurs de Oud (Samir, Wissam et Adnan Joubran) qui ont créé Le Trio Joubran en 2004 et sont déjà les auteurs de la musique d'Adieu Gary. Ce trio s'est associé à un autre, Chkrrr (Valentin Mussou, violoncelle, Sylvain Favre, violon et David Gubitsch, réalisateur cordes) et bénéficie également des participations de Youssef Hbeisch aux percussions et de Yassine Ayari à la flûte Nay-Kawala. Au final, la partition allie les sonorités orientales et occidentales dans des expérimentations sonores haletantes.
"Mon irréductible foi dans la force intrinsèque du cinéma m'a toujours convaincu qu'il n'avait pas besoin de béquille narrative ou émotionnelle pour s'exprimer pleinement. J'aime la musique au cinéma quand elle fait totalement partie de la narration et qu'elle devient une composante essentielle de la chair des personnages.", Karim Dridi
La spontanéité qui ressort de cette bande originale doit en grande partie son existence au fait que Le Trio Joubran ait improvisé sur les images du film. La grande force de la partition vient surtout de son équilibre entre lyrisme et intimiste. Le Dernier vol, avec ses deux têtes d'affiche et sa grande aventure romanesque, aurait pu accoucher d'une musique étouffée par ses enjeux mélodramtiques. Il n'en est rien. Les pistes s'enchainent et libèrent un métissage trans-genre aussi mélodique qu'évocateur.
C'est d'abord le Oud qui charme, avec la chaleur de son ton, jusqu'à ce que le violon ne s'en mêle et apporte une nuance nostalgique et la finesse de ses tessitures comme dans L'obstinée, morceau intimement lié à Marie Vallières de Baumont (Marion Cotillard). La partition construit d'ailleurs des variations autour des personnages, reprenant des thématiques pour les enrichir de nouvelles textures (Le vol de Marie, Lancaster, Antoine, Amana, Marie, Requiem pour Lancaster). C'est la dernière piste, justement intitulée Le Dernier vol, qui évoque le mieux ce mariage de l'instrument oriental aux cordes occidentales. Dans un crescendo ennivrant, les deux styles semblent se marier à la perfection pour faire naître une émotion épurée. A l'arrivée les deux cultures ne font plus qu'une et donne au long-métrage une âme musicale qui transcende la simple illustration sonore en parlant à travers les protagonistes.
"N'étant pas musicien moi-même, je ne pouvais pas leur donner des indications techniques, mais uniquement des directions de couleurs émotionnelles, de sensation, de rythme, d'ambiance. Comme pour les comédiens, seule la qualité de l'interprétation m'intéressait.", Karim Dridi

