Par Rafik Djoumi - publié le 16 avril 2008 à 05h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h17 - 0 commentaire(s)
Philippe De Broca
Pour son plus grand malheur, De Broca est arrivé dans le cinéma populaire français à l’époque où ce dernier sortait peu à peu de son ère glorieuse, pour plonger dans le marasme des seventies. Affirmé par le succès de son swashbuckler Cartouche (avec Belmondo et Rochefort) De Broca s’amusait déjà à tenir en équilibre entre le film d’aventure assumé et la parodie. Ce style vif et nouveau explosera avec L’Homme de Rio (1965) et Les Tribulations d’un chinois en Chine (1965) films d’action et d’aventure très largement inspiré par Hergé et la bande dessinée, et qui inspireront à leur tour Robert Zemeckis pour A la poursuite du diamant vert et Spielberg sur Indiana Jones et le Temple maudit. Rompu à faire du franco-français pendant six ans (drame, comédie, comédie dramatique et drame comique), il s’en extirpe habilement en réalisant une comédie romantique qui dévie vers l’aventure James Bondienne, Le Magnifique (1973), ancêtre conjoint de Last Action Hero, Dr Wai, les ZAZ, les frères Farrelly et toute autre parodie récente. Il retourne vers l’action et l’aventure à la fin des années 70, avec Tendre Poulet et surtout On a volé la cuisse de Jupiter, gros succès et films sympathiques, à milles lieues pourtant de ces accomplissements d’antan. Mais le chef-d’œuvre de Philippe De Broca est tout simplement, totalement, intégralement, fabuleusement inconnu en France !


Il s’agit du Roi de Cœur (1966), une œuvre poétique et antimilitariste, considérée aux Etats-Unis comme un des plus grands films français : l’histoire d’un soldat anglais (Alan Bates) qui, durant la Seconde Guerre Mondiale, débarque en France dans un village fortifié déserté par ses habitants. Les fous d’un asile psychiatrique proche, livrés à eux-mêmes (Pierre Brasseur, Jean-Claude Brialy, Micheline Presle, Michel Serrault, Geneviève Bujold, Adolfo Celi, Jacques Balutin… ‘scusez du peu) ont investi les lieux et reconstitué une société d’inspiration médiévale. Ils font du parachutiste leur Roi, persuadé qu’il peut les protéger du dragon (les bombardements qu’on entend au loin). Il est à parier que l’échec total de ce film unique en France a amplement contribué au changement de régime de De Broca, devenu à la fin de sa carrière un exécutant sans grande conviction.

Le temps et l’espace nous manque pour évoquer tous les autres accomplissements que le cinéma populaire français a pu livrer au fil des décennies. Toutes nos excuses donc, à Jean Renoir, José Giovanni, George Franju, Costa Gavras, Alain Corneau mais aussi à tous les « petits maîtres » que furent André Hunebelle, Gilles Grangier, Bernard Borderie ou Pierre Gaspard-Huit.


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