De Wong Fei-Hung à Huo Yuan-Jia en passant par Fong Sai Yuk, Jet Li a prêté ses traits aux figures les plus mythiques du cinéma d'arts martiaux hongkongais. La sortie dans les salles obscures du tant attendu
Le Maître d'Armes de Ronny Yu est l'occasion rêvée de revenir sur ces personnages et la version qu’en a livré l’acteur actuellement le plus emblématique de l’héroïsme à la chinoise.
Mais au préalable, rappelons les faits. Avec cinq titres de champion national de
wushu à son actif, Jet Li est d'abord révélé au peuple chinois en tant qu'artiste martial de haut niveau. Il fait ses débuts au cinéma en 1979 dans
Le Temple de Shaolin, de Chang Hsin-Yen, qui met deux ans à être produit et donne lieu à une trilogie dont le dernier volet est (magistralement) réalisé par Liu Chia-Liang. Véritable phénomène de société auprès des jeunes – dont certains vont jusqu’à fuguer afin de s'entraîner dans le temple mythique, le film propulse en un clin d’œil Jet Li au rang de héros national, une aura qui prépare largement le terrain pour la suite. Quelques années après, Tsui Hark impose définitivement l’acteur auprès du public hongkongais comme nouvelle icône de l'héroïsme chinois avec son chef d'œuvre
Il était une fois en Chine (1991), qui connaît cinq séquelles dont trois avec Jet Li. Au cours des années qui suivent, l'acteur met son image forte au service d’autres héros mythiques du monde des arts martiaux : il incarne ainsi Fong Sai-Yuk et Hung Hei-Kwun, deux figures cantonaises incontournables, mais aussi Zhang San-Feng, personnage de légende auquel on attribue la création du
taiji quan. Avec la crise du cinéma de Hong Kong à la fin des années 90, on croyait l’ère des héros traditionnels définitivement révolue sur le grand écran et relégué à la télévision. Jusqu’à ce que le film d’arts martiaux redonne signe de vie grâce aux productions de Chine continentale, relançant la mode des films d’époque. Cette année, Jet Li arbore à nouveau la natte pour incarner le célèbre Huo Yuan-Jia dans
Le Maître d'Armes (2006), une œuvre qui ravivera immanquablement la flamme chez les aficionados des œuvres qui ont marqué la précédente décennie.
Petit passage en revue de ces figures mythiques auxquelles Jet Li a prêté son charisme et dont cette nouvelle version de Huo Yuan-Jia s’avère être une parfaite synthèse.
Wong Fei-HungLe personnageSurnommé "le roi des lions", Wong Fei-Hung est né en 1847 dans la province du Guangdong et a vécu jusqu'en 1924. Fils d'un médecin ambulant du nom de Wong Kei-Ying, Wong Fei-Hung est entouré de diverses légendes : à l'âge de treize ans, il aurait gagné un duel contre un maître de kung-fu ; à l'âge adulte, il aurait terrassé deux tigres et aurait vaincu un gang de trente hommes. Pratiquant la médecine et les arts martiaux, Wong Fei-Hung et son père ouvrirent un établissement du nom de Po Chi Lam qui exerçait à la fois la fonction de clinique et d'école d'arts martiaux. Renommé pour sa droiture, son intégrité et ses capacités martiales, Wong Fei-Hung a entraîné le bataillon du Drapeau Noir de l'armée mandchoue et a lui-même monté à l’aide de ses disciples une milice chargée d’assurer la sécurité des civils.
Jet Li et Wong Fei-HungPour beaucoup, Wong Fei-Hung reste la figure la plus légendaire des arts martiaux, ce qui explique les nombreuses adaptations filmiques ou télévisées de ses aventures. Avant que Jet Li ne reprenne le flambeau en 1991 dans
Il était une fois en Chine, l'acteur emblématique du personnage était un certain Kwan Tak-Hing. Grand praticien d'arts martiaux lui-même, Kwan Tak-Hing a interprété le maître dans plus de 90 films entre 1949 et 1981.
Avant de tourner
Il était une fois en Chine, Tsui Hark et Jet Li travaillent pour la première fois ensemble sur
The Master (1989), une transposition bidon et nanaresque du mythe à l'époque moderne aux Etats-Unis.
The Master se révèle être un échec sur toute la ligne, commercialement comme artistiquement, mais permet à l'acteur et au réalisateur de faire connaissance. Lorsque Tsui Hark évoque Jet Li dans le rôle du héros légendaire dans une adaptation sérieuse, le public se montre tout d'abord sceptique. Le jeune acteur n'a même pas 30 ans et ne peut donc guère prétendre avoir l’autorité naturelle de Kwan Tak-Hing. De plus, son style de kung-fu du nord (Jet Li vient de Beijing) ne correspond pas à celui de Wong Fei-Hung, héros cantonais pratiquant le
Hung Gar. Pourtant, le pari s'avère gagnant puisque
Il était une fois en Chine est un énorme succès. En un clin d’œil, Jet Li apporte un véritable coup de frais au personnage et redynamise le mythe. Il faut dire que la combinaison de talents est au sommet : Tsui Hark a fait appel à Master Yuen Woo-Ping pour diriger les scènes d'action magistrales qui rythment le film.
Dans la foulée, l'acteur reprend le rôle dans le sublimissime
La Secte du Lotus Blanc, une merveille visuelle et narrative dont les scènes d'arts martiaux étourdissantes, notamment les duels flamboyants avec Donnie Yen, n'empêchent pas Tsui Hark de développer davantage les personnages ébauchés dans le premier. Le réalisateur et l'acteur poursuivent avec
Le Tournoi du Lion, une œuvre presque aussi intense que la précédente et dans laquelle apparaît pour la première fois Pied-Bot (Hung Yan-Yan). Jet Li quitte ensuite la franchise le temps de deux épisodes et revient pour le sixième,
Dr Wong en Amérique (Sammo Hung, 1997), ultime séquelle divertissante sans toutefois avoir la classe de la trilogie de départ. Entre temps, Jet Li incarne le célèbre docteur dans
Claws of Steel (1993), une parodie très moyenne de
Il était une fois en Chine signée Wong Jing.