Par Elodie Leroy - publié le 07 septembre 2006 à 11h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h08 - 0 commentaire(s)
Huo Yuan-Jia, l'heure du bilan

Le Personnage
Véritable légende en Chine, Huo Yuan-Jia (1869-1910) est connu pour avoir unifié tous les styles d'arts martiaux et remporté de nombreuses victoires contre des adversaires étrangers. Fils d'un agent de sécurité, Huo Yuan-Jia était de faible constitution lorsqu'il était enfant mais s'est toutefois employé à apprendre la technique de combat familiale. Adulte, Huo commença par gagner sa vie en vendant du bois puis en travaillant dans une pharmacie. Lorsqu'en 1909, un Occidental du nom de O'Brian lança un défi au peuple chinois, celui de venir l'affronter sur le ring, la réputation des arts martiaux était au plus bas. Huo Yuan-Jia releva le défi et l'emporta, ce qui redonna confiance et espoir aux Chinois, d'où le mythe qui entoure le maître. Ce dernier est aussi connu pour avoir fondé l'école d'arts martiaux Jingwu Men et défini l'esprit du Chinwoo, dont les axes principaux sont la sagesse, la philosophie et le courage.


Jet Li et Huo Yuan-Jia
Malgré le statut de héros national au même titre que Wong Fei Hong, Huo Yuan-Jia a rarement été le personnage principal de films de kung-fu. Le premier qui lui est consacré ne remonte qu'à 1982 : il s'agit de Legend of a Fighter, réalisé par un certain Yuen Woo-Ping. Les élèves de Maître Huo ont davantage donné lieu à des adaptations. On pense bien sûr au disciple fictif Chen Zhen, incarné par Bruce Lee dans Fist of Fury (de Lo Wei, 1972), un rôle repris par Jet Li dans Fist of Legend (Gordon Chan, 1994) ou encore par Donnie Yen dans la série télévisée Jingwu Men (série datant de 1995 et qui compte parmi ses réalisateurs Benny Chan).
Alors que le cinéma d’arts martiaux revient mais arbore de nouveaux visages, celui des récentes productions de Chine continentale ou des polars d’action hongkongais, Le Maître d'Armes arrive à point nommé pour les nostalgiques du cinéma hongkongais des années 90. Ronny Yu réalise le film que l'on n'osait plus espérer, faisant revivre le genre à travers un mythe de l'histoire des arts martiaux. Coïncidence, Jet Li en avait déjà incarné le disciple dans le génial Fist of Legend de Gordon Chan. Les deux œuvres ont d'ailleurs plus d'un point commun, à commencer par la présence de Yuen Woo-Ping à la direction des scènes martiales. Ce dernier confirme d'ailleurs, s'il le fallait, qu'il reste le chorégraphe qui met le mieux en valeur les arts martiaux de Jet Li, lequel retrouve sous sa direction la grâce qui a fait son succès. Les affrontements varient les plaisirs en termes de profils d'adversaires et de choix des armes et atteignent véritablement des sommets, ne serait-ce que le combat rageur et viscéral qui cause la déchéance de Huo Yuan-Jia – scène pivot du film – dans une ambiance cauchemardesque.


Jet Li aurait à plusieurs reprises déclaré que Huo Yuan-Jia serait son dernier rôle de ce type, que Le Maître d'Armes serait son ultime film d'arts martiaux dans cet esprit traditionnel. Peut-être cette intention explique-t-elle que sa version du héros synthétise à plusieurs égards ses personnages légendaires précédents. On remarque bien entendu les similitudes avec Fist of Legend, à commencer par la représentation des arts martiaux comme symbole de l'identité nationale, une représentation allant de pair avec une philosophie de tolérance vis-à-vis des cultures étrangères, et cela malgré le contexte de tension avec le Japon. Dans Le Maître d'Armes, la menace est à la fois occidentale et japonaise, les Chinois ont décidément besoin d'un guide pour leur redonner espoir et leur montrer la voie de la sagesse. De son côté, Tsui Hark évoquait déjà l'envahisseur occidental dans sa saga Il était une fois en Chine, laquelle prônait aussi l'acceptation de l'évolution du monde à travers le personnage de la treizième tante, qui s'habille à l'européenne, et à travers les collaborations entre les médecines occidentales et orientales (La Secte du Lotus Blanc).


Comme dans l'œuvre de Gordon Chan, Le Maître d'Armes voit son personnage principal subir un isolement forcé au cours duquel sa vision des arts martiaux est amenée à changer. Le parcours de Huo emprunte cependant une voie plus extrême, reprenant des éléments de Fong Sai-Yuk et de Tai Chi Master. Les deux métrages s'intéressaient déjà à la notion de passage à l'âge adulte – quelques morts s'avéraient aussi nécessaires pour que le miracle s'accomplisse ! – et le second s'attardait comme nous l'avons vu sur les retrouvailles du héros avec la nature, avec son environnement, étape nécessaire pour sentir l'Univers à l'intérieur de soi. Les soins prodigués par Moon (Sun Li), la jeune paysanne aveugle, ramènent Huo à l'état de petit enfant, comme Junbao dans Tai Chi Master, qui renaissait aussi grâce aux soins d'une femme. Enfin, la séquence où Huo travaille son taichi évoque immanquablement le magnifique entraînement de Zhang San-Feng, en harmonie avec le vent, la Nature, l'Univers. Comme Zhang San-Feng, Huo Yuan-Jia retrouve une paix intérieure en accédant à un stade de compréhension supérieur des forces qui régissent le monde.
Enfin, comment ne pas penser aux Il était une fois en Chine et Fong Sai Yuk devant des combats en équilibre sur des échafaudages, ou lorsque Jet Li attrape un parapluie pour terrasser ses adversaires, autant de références légitimes aux scènes à travers lesquelles l'acteur a imposé son style.

Film de sagesse et de maturité, Le Maître d'Armes ne se contente pas de s'autoriser des clins d'œil à la filmographie de Jet Li mais synthétise à merveille les valeurs et la philosophie que transmettaient déjà les précédentes œuvres de l'acteur retraçant l'histoire de personnages mythiques du monde des arts martiaux, œuvres dont il était la plupart du temps producteur. Ce retour aux sources pourrait bien être un adieu au genre qui a construit une autre légende, celle de Jet Li. Toutefois, on se prend à espérer que ce dernier n'en a pas fini avec ses héros.
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