Par La Rédaction - publié le 01 février 2008 à 09h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h48 - 0 commentaire(s)
Par son histoire, en somme, le film ne surprend guère et s’avère, d’un point de vue scénaristique, très classique et coutumier de tant de drames familiaux mis en place au cinéma. Et pourtant c’est par ce biais justement que Le Bannissement fait s’opérer pour le spectateur, un changement tout aussi brutal dans sa continuité et tellement compassionnel dans son déroulement. Le cinéaste va en effet rechercher le point de rupture de la relation et nous la faire expérimenter par le biais du conflit et le truchement des amis qui viennent les visiter. De fait, l’éloignement servira à la fois de huis clos tout en permettant une catharsis plus radicale et une précipitation accrue des motifs de séparation et de conflit.


Mais le plus intéressant dans la démarche pourtant sèche et néanmoins incroyablement recherchéz d’un point de vue esthétique, c’est dans la forme que le réalisateur russe l’élabore. Tout d’abord, dans le traitement de cette séparation, Andrei Zviguintsev choisit d’introduire des lieux spécifiques au déroulement du drame afin de construire sur un mode dual tout son film et ses péripéties. Ainsi, opte-t-il pour une dichotomie ville - campagne qui appelle une opposition entre l’union et la rupture, l’amour et la fin de la confiance, l’acceptation de la situation ou l’accélération brutale et expéditive de sa fin. Puis il décide de dilater au maximum un temps qu’il va choisir de manipuler et de mêler. Impression de boucle et entremêlement des séquences temporelles dans le dernier tiers vont permettre au Bannissement de perdre volontairement son spectateur pour ensuite mieux le confronter à la réalité de cette relation. L’impression est alors grande de ressentir et vivre par empathie le trouble radical de Alex, le mari trompé et amer. C’est par son point de vue que se narre l’histoire, la plupart du temps.


Le dispositif mis en place fait donc du Bannissement, un film à la forme recherchée et à l’esthétique extrêmement travaillée ; la photographie est ici d’une rigueur absolue et la recherche du cadrage idéal, une quête de chaque plan – à un point que l’on se demande où s’arrêtera la démonstration technique -. Nombreux sont les plans fixes à la composition parfaite et à la lumière soigneusement obtenue voire filtrée, de même, fréquents sont les mouvements d’appareils et autre travellings qui suggèrent les velléités narratives du cinéastes et sa recherche de la profondeur de champ. Tout cela pourquoi ? Pour toucher et tenter de nous faire entrer en plein dans cette compréhension d’un couple qui se perd et se ment au point d’aboutir à sa propre fin. Cependant, malgré toute la tradition cinématographique russe de l’édification qui pèse sur le métrage, le Bannissement peine à nous intéresser par son temps (2h30) et plus encore son rythme mal maîtrisés. Superbe objet filmique digne par sa virtuosité des plus belles heures du cinéma iranien de Kiarostami pour sa recherche du dispositif ou des œuvres magistrales servies par le cinéma soviétique des sixties, le dernier film de Andrei Zviaguintsev ne goûte pas assez à la simplicité laissant une double impression ; celle de l’inachevé et plus redoutable, celle d’un temps qui se fait plus que sentir.


Typiquement destiné aux festivals, le Bannissement est donc un film à l’intérêt narratif somme toute limité mais qui présente l’avantage de vouloir chercher et atteindre par le forme, une autre densité. Hélas, pour le spectateur moyen et malgré la sublime partition photographique et technique que joue, l’ennui sera vite au rendez vous et il vous faudra être bien accroché pour aller jusqu’au bout. A réserver aux seuls amateurs de cinéma auteuriste et revendiquant.
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