Russie, une cité industrielle perdue et sans âme. Un couple se délite lentement, l’homme décide alors pour que ce dernier n’éclate pas, d’emmener toute sa famille s’installer à la campagne dans l’ancienne maison familiale. Seulement, entre l’espoir et le drame qui va se nouer, la vie fait irruption et surprend à son propre jeu, chacun des participants, qu’il en soit conscient ou non. Ainsi, reclus et ensemble dans un éloignement presque complet, Alex et Vera vont tout perdre à vouloir tout se dire et l’affronter.
LE BANNISSEMENT
Un film de Andrei Zviaguintsev
Avec Konstantin Lavronenko, Maria Bonnevie, Alexander Baluyev
Durée : 2h30
Sortie le 6 février 2008Dernier film de Andrei Zviguintsev après le superbe Le Retour, Le Bannissement nous parvient avec un retard certain puisqu’il était achevé en 2006. Nous proposant de suivre l’explosion dramatique d’un couple marié que rien ne semble pouvoir sauver, le film enregistre l’effacement des liens, l’incompréhension croissante et l’incommunicabilité progressive qui s’installent entre un mari et sa femme. Ainsi, malgré leurs enfants, ces derniers vont s’entredéchirer et avouer des choses qui vont au-delà des faits et du réel. Confrontés dès lors à leur identité et à une vérité qu’il se dissimule l’un, l’autre, entre adultère et désamour, nos deux époux vont progressivement s’ignorer, feindre pour finalement ne plus paraître en mesure de s’aimer. Comme l’effacement graduel de leur relation, l’exil à la campagne n’a nullement servi de remède. Bien qu’assumant le choix de placer leur vie en mode mineur et contemplatif, le repli va être déclencheur de passions enfouies et tues, tout en étant profondément excessif et révélateur d’un couple qui s’enferre dans le silence et le pathos de sa situation. En effet, Alex ne parvient plus à comprendre sa femme et elle, ne trouve rien de mieux que de lui faire connaître sa future maternité. Or, problème supplémentaire dans le cadre si positivement dressé, Alex n’est vraisemblablement pas le père…

De fait, l’ensemble du métrage va chercher à montrer et donner corps à l’éloignement progressif de Véra face aux interrogations et douleurs intérieures d’un mari qui pressent déjà autre chose. Cherchant à capter cette distanciation puis cette destruction graduelle du lien familial, le cinéaste tente de saisir l’évidement progressif de la relation tout en l’inscrivant dans le quotidien de toute la famille, installée qu’elle est dans un endroit retiré, comme hors du monde.