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Le Mois De Mars 2008 Au Cinema [page 1]

Par La Rédaction - publié le 27 mars 2009 à 01h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h09 - 0 commentaire(s)
Mois de mars palichon ? Oubliez. Si on n'a pas déniché de nouveau There Will Be Blood (peut-être l'un des plus beaux films de l'histoire du cinéma), on pourra toujours se contenter de vraies merveilles. Parmi elles, notre coup de coeur - qui est aussi un chef-d'oeuvre pour beaucoup d'entre nous : le formidable Orphelinat, de Juan Antonio Bayona. A voir de toute urgence.


LE FILM DU MOIS PAR DVDRAMA/EXCESSIFL’ORPHELINAT, de Juan Antonio Bayona (sortie: 05 mars 2008)
De l'horreur élégante et intelligente, de véritables séquences de peur profonde... Ne cherchez plus, c'est en Espagne qu'il faut aller pour se faire peur !



L'ORPHELINAT
El Orfanato (Espagne - Mexique)
Un film de Juan Antonio Bayona
Avec Belén Rueda, Fernando Cayo, Roger Princep, Mabel Ribera, Géraldine Chaplin
Durée : 1h42

L'histoire: Laura revient dans l’orphelinat de bord de mer où elle a passé ses jeunes années. Accompagnée de son mari Carlos et de son fils Simon, elle espère transformer ce lieu abandonné depuis longtemps en un foyer pour enfants handicapés. Très vite, le jeune Simon prétend communiquer avec d’autres enfants qui évoluent autour de la maison déserte. Laura met cela sur le compte de son imagination, mais la précision des propos de Simon devient inquiétante.

"Impossible de ne pas songer alors au parrain de l’entreprise, Guillermo Del Toro, dans ce regard direct sur la souffrance, l’anormalité, la terreur enfantine et une Mort à double visage."

Pourquoi c'est notre film du mois: Surnommé "le Robert Zemeckis du video-clip espagnol", et rattaché notamment au groupe Camela, le cinéaste Juan Antonio Bayona s’est également distingué au cœur de la culture occitane et catalane en remportant des prix pour quelques courts métrages délirants de Toulouse à Barcelone. Témoignant d’une maîtrise formelle évidente, son passage au long métrage n’était dès lors qu’une affaire de rencontre. En 2004, il reçoit le script de L’Orphelinat, écrit par Sergio G. Sanchez en 2000, et qui semble avoir amplement circulé dans le petit milieu du fantastique espagnol. Sélectionnée par le laboratoire du scénario du Sundance Institute, la version de Sergio G. Sanchez, révisée par Juan Antonio Bayona lui-même, va être peaufinée pendant une année supplémentaire. Le script final atterrira entre les mains de Guillermo Del Toro, déjà familier du travail de Bayona, et l’inestimable réalisateur mexicain acceptera sur le champ de parrainer les premiers pas de Bayona sur grand écran. « Il n’est pas fréquent de se trouver en présence d’un bon scénario, admet Del Toro. Bien sûr, beaucoup sont émaillés de touches de talent, mais ils ne donnent presque jamais le sentiment qu’il est urgent de les transformer en films. Quand j’ai lu L’Orphelinat, j’ai su instantanément que je me trouvais en face d’une exception. » D’emblée, il apparaît donc que le script de L’Orphelinat constitue un de ses plus puissants atouts. Alors que ses intentions d’origine baignent dans un fantastique nostalgique qu’on attribue volontiers à la culture européenne, la mécanique de son histoire est par contre typique d’une écriture très rigoureuse, dite « à l’américaine », où chaque élément nouveau s’inclue dans une chaîne d’évènements parfaitement ordonnés qui nous mène inexorablement vers un climax, à la fois redouté, attendu et surprenant. La mécanique implacable du récit pourra ainsi rappeler par certains côtés le travail scénaristique d’un Zemeckis, mais il faut également prévoir que certains spectateurs, habitués à suivre de près le fantastique espagnol, soient alertés par les résonances qu’entretient L’Orphelinat avec deux de ses compatriotes, à savoir Les Autres d’Alejandro Amenabar et Fragile de Jaume Balaguero (héroïne féminine, Institution hantée, fantômes d’enfants qui ont péri dans d’atroces souffrances etc.). D’une part, l’ancienneté du script de Sanchez le dispense de toute justification, d’autre part il apparaîtrait même comme une version finalisée, de toute évidence bien mieux écrit, par exemple, que ne l’était le film pourtant agréable de Balaguero. S’il y a des réminiscences troublantes dans L’Orphelinat, elles ne sont finalement pas à chercher du côté de films récents. En effet, Bayona et Sanchez ont choisi délibérément de rendre hommage à plusieurs classiques du genre, parfois de manière discrète (La Semence du diable, Les Innocents) parfois avec une insistance qui frise la redite (la scène du monologue intérieure de La Maison du diable, la séquence de spiritisme de Poltergeist)
On serait donc, par instants, en droit de sortir un carton jaune cinéphilique si le talent d’exécution de Bayona n’était pas parvenu à hisser le trouillomètre (la séquence héritée de Poltergeist fonctionne du feu de Dieu, donc pas de problèmes) et le film ne se contente certainement pas d’évoluer dans l’ombre de ses maîtres. Alors qu’on l’attend sur le terrain de l’effroi et de l’oppression, L’Orphelinat parvient à séduire en jouant la carte de la douceur et de la compassion, tonalité qui lui est propre et le distingue ainsi de ses prestigieux prédécesseurs. Si l’on excepte quelques rares effets chocs et gores (que l’on doit aux artisans du studio DDT, déjà à l’œuvre sur Le Labyrinthe de Pan) et si l’on ne se laisse pas aveugler par certaines scènes de suspens efficaces mais déjà vues, le cœur de L’Orphelinat se révèle sur un tout nouveau terrain où les sentiments humains deviennent la clé de la narration. Impossible de ne pas songer alors au parrain de l’entreprise, Guillermo Del Toro, dans ce regard direct sur la souffrance, l’anormalité, la terreur enfantine et une Mort à double visage. Il est évident que ces thèmes ont aussi contribué à séduire la star mexicaine, mais la mise en scène de Bayona ne cherche jamais, là non plus, à rester dans son ombre. Ayant soigneusement préparé ses chorégraphies scéniques à l’aide d’un système de previz, le réalisateur nous offre quelques beaux moments de « jeux » entre morts et vivants dont certaines variations (une angoissante partie de « 1, 2, 3 Soleil ») resteront dans les annales fantasticophiles. Prenant son temps pour développer ses caractères, rendre cohérents la moindre de leurs décisions, nous familiariser avec l’environnement et son histoire passée, la direction de Bayona amène délicatement son spectateur vers un terrain auquel il ne s’attend pas forcément. Outre les surprises narratives que nous réserve son dernier acte, c’est surtout l’incroyable émotion compassionnelle de son final qui risque de surprendre. Toutes les réserves que l’on avait pu entretenir durant le métrage finissent dès lors par partir en fumée, alors que le cinéaste nous révèle enfin le point où il souhaitait nous mener, transcendant la Mort pour nous parler d’Amour.


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