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Le Mystere Barbet Schroeder [page 1]

Par - publié le 02 septembre 2008 à 06h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h54 - 0 commentaire(s)
« En ce qui me concerne, Barbet Schroeder est l’incarnation même du cinéaste moderne. Il a échappé à l’étiquetage et sa carrière a été guidée par une liberté extraordinaire. Il a eu la chance de faire des grands films européens, des documentaires passionnants et de réaliser aux Etats-Unis. On a l’impression que ce type réussit tout ce qu’il touche. Le mystère Van Bulöw reste un film formidable. Il n’y a pas beaucoup de cinéphiles qui le citent ou même des cinéastes dans les inspirations directes. Il faut dire qu’il n’a pas créé sa propre légende. En cela, je devine derrière le cinéaste un homme formidablement humble, un idéal de l’homme occidental métissé, à cheval entre plusieurs cultures, intéressé par tout (l’Afrique, l’Amérique, le Japon), n’ayant jamais pris la moindre pose, n’ayant jamais frimé. Il me rappelle par ailleurs la bonne époque de ces cinéastes classiques pour lesquels j’ai beaucoup de mélancolie. Pas seulement pour le cinéma qu’ils représentaient mais surtout par rapport à l’idée de "position du metteur en scène". Dans les années 70, on ne connaissait pas nécessairement les noms des metteurs en scène. On allait voir des histoires, des acteurs… Je n’ai pas aimé que le cinéaste ait soudainement commencé à devenir "la star du film". J’aime beaucoup l’idée que le cinéaste soit un artisan consciencieux qui fasse du bon travail et qui donne à voir et à ressentir des choses au public. J’aimerais que l’on retrouve ce statut de cinéastes discrets, dont on ne connaît pas forcément les noms. Et Barbet Schroeder, c’est ça. »



« Je suis très fan de La Vallée que je considère comme la parfaite illustration du cinéma européen. Un de ces rares films post-hippies qui ont donné des œuvres uniques. Ça vaut aussi pour le cinéma de Herzog dans les années 70. On retrouve ce cinéma planant, new-age, métissé dans le cinéma australien, polonais, tchèque... Schroeder a toujours été fasciné par le mal, l’ambiguïté des êtres. Il fait partie de ces réalisateurs qui disent la vérité sur ce que nous sommes. Qui n’ont jamais raconté des histoires édifiantes pour diviser le bien et le mal. On retrouve ça aussi chez Leone. Je suis toqué de tous ces cinéastes européens qui ont généré des films ayant du sens. A un moment donné, ils représentaient le point de convergence parfait entre l’art populaire et l’art compliqué. Un art que monsieur tout le monde pouvait voir au cinéma en prenant son pied et un art très intello. Au hasard, je prends l’exemple de Le Parrain qui plaît autant à l’intello pointu qu’au charcutier du coin. Et hélas, que ce soit en Amérique ou en Europe, on a complètement perdu cette recette magique, cette conception du cinéma. Aujourd’hui, trop de films dits populaires prennent les gens pour des cons à force d’infantilisme. Ils veulent l’assommer et pas le transcender. Et on sait très bien que le public est très ouvert, attend ça, on peut tout lui proposer. Et La vallée, c’est ça : un trip visuel démentiel qui m’évoque le cinéma de William Friedkin. »


Pascal Laugier


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