Lorsque Bryan Singer est embauché en 2004 pour réaliser un nouveau Superman, il résout près de 20 ans de development hell dans lequel s’était empêtré le projet d’un nouveau film avec le mythique héros. Pour relater correctement les aléas de la production, il faut remonter jusqu’en 1987, année de la sortie du pitoyable
Superman IV produit par le duo Menahem Golan-Yoram Globus, patrons de l’inénarrable Cannon (berceau d’un bon nombre de séries B voire Z avec entre autres Chuck Norris). Encore détenteur des droits du personnage, le tandem envisage de sortir un cinquième film, monté autour de scènes coupées du précédent, avec un nouvel acteur, Christopher Reeve étant fatigué des méthodes de Golan-Globus. Albert Pyun, ayant déjà réalisé
Cyborg (avec Jean-Claude Van Damme) pour le studio, est considéré. Malheureusement (ou heureusement plutôt), la Cannon essuie quelques problèmes financiers et le film ne peut être produit à temps. Les droits reviennent donc à un autre duo de producteurs, instigateurs du premier film en 1978, Alexander et Ilya Salkind. Il est alors envisagé de relancer la franchise à partir de la série télévisée
Superboy. Deux scénaristes de ladite série, Cary Bates et Mark Jones, également auteurs de comics, sont engagés et Gerard Christopher, Superboy lui-même, doit reprendre le rôle-titre dans un film intitulé
Superman : The New Movie, prévu pour 1994.
Seulement en 1993, la Warner rachète les droits hors-bande dessinée de Superman et force également les Salkind à retirer Superboy de l’antenne pour céder la place à une nouvelle série,
Loïs et Clark, les nouvelles aventures de Superman. Pour ce qui est du grand écran, c’est à cet instant-là qu’est lancé le principal feuilleton concernant la concrétisation d’une nouvelle adaptation avec un projet intitulé
Superman Reborn, inspiré de l’arc scénaristique issu de la bande-dessinée suivant la mort et le retour de Superman, avec le producteur Jon Peters à la barre. Aujourd’hui considéré comme l’Antéchrist par la communauté geek, Jon Peters est alors le responsable du succès du
Batman de Tim Burton, sorti en 1989. A l’origine, Peters était le coiffeur de Barbra Streisand. Tout est dit. Mais répétons-le une fois tout de même, de manière à rappeller l’incompétence du bonhomme. Peters choisit Jonathan Lemkin (
Planète rouge) pour rédiger le script. Ce dernier livre une version volontairement kitsch de l’histoire, plus proche de la série
Batman des années 60 ou des films bariolés de Joel Schumacher. L’histoire voyait notamment une Immaculée Conception imprégner Loïs de l’enfant de Superman au moment de sa mort. Après sa naissance, le bébé grandit de 21 ans en trois semaines et sauve l’univers.
La Warner rejette le manuscrit et Peters enrôle alors Gregory Poirier (scénariste de
teen movies tels que
Fausses rumeurs et
Les Tombeurs) qui livre une version contenant pas moins de quatre méchants (surenchère qui n’est pas sans rappeller le nanar
Batman & Robin) et dans lequel Superman est un expert en arts martiaux kryptoniens. No comment. Face à un scénario qui ne convainc toujours pas les exécutifs, le studio jusqu’à faire appel à Kevin Smith, auteur de comédies mettant en scènes de jeunes adultes confrontés à leurs problèmes (sentimentaux, professionnels), mais également parcourues de références à la sous-culture dont les
comics.
Superman Reborn devient
Superman Lives et Smith a beau souhaiter être fidèle au matériau de base, Peters lui met constamment des bâtons dans les roues. Outre l’évidente inculture du producteur en ce qui concerne le personnage, celui-ci lui impose plusieurs contraintes qui vont du non-sensique (Superman ne doit pas porter ce costume qui, selon Peters, fait «
trop pédé », et ne doit pas voler) au simplement débile (Superman doit affronter une araignée géante dans le troisième acte, son adversaire, Brainiac, doit se battre contre des ours polaires). Influencé par les succès récents au box-office (dont la ressortie de la trilogie
Star Wars en 1997) et appâté par les revenus potentiels du
merchandising, Peters demande à Smith d’inclure des
sidekicks à l’histoire, à l’instar de Chewbacca ou de R2-D2 (un R2-D2 gay de préférence pour Peters). «
Parce que l’intérêt de ce film, c’est quand même qu’on puisse en tirer des jouets », affirme-t-il.