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Il est évident qu'Anouk Grinberg aurait pu faire les Valseuses. J'aime beaucoup Miou-miou également. C'est toujours un peu le même genre de personnages qui revient dans mon cinéma. Jusqu'à Sara Forestier dans Combien tu m'aimes ?. C'est le thème de la « fille perdue », commun à beaucoup de metteurs en scène et qu'on retrouve beaucoup dans la littérature américaine. Les filles dont on a envie d'être le héros, qu'on a envie de sauver. Ce sont des personnages de Film Noir, comme la serveuse dans une station service et Nicholson arrive et va la regarder. C'est ma culture, j'ai lu beaucoup de « Série noire » quand j'étais jeune. On retrouve ce personnage dans beaucoup de mes films jusqu'à Jeanne Moreau, la plus perdue de toutes. Mon cinéma tourne autour des films. Je n'ai pas de personnage féminin positif, à part Carole Bouquet, peut-être, dans Trop belle pour toi."
Bertrand Blier Catalogué pendant longtemps avec une injustice qui confine à la mauvaise foi -voire à l'aveuglement- comme un misogyne,
Bertrand Blier a dans son cinéma épousé le type de la fille perdue, telle qu'on la rencontre dans les romans noirs. Les « séries noires » sont l'une des grandes bases de son inspiration et la plupart de ses héroïnes répondent à ce type.
Dès
Hitler... Connais pas! son premier film, il s'intéressait au sort de ces filles un peu désabusées, un peu indifférentes et un peu victimes. De celles contre qui la vie s'acharne et que l'on voudrait protéger. La femme est un être étrange et mystérieux chez Blier, auquel ses héros ne comprennent rien, de la révolte surréaliste de
Calmos à
Monica Bellucci, la sublime putain de
Combien tu m'aimes ? (proche du film Noir car elle est une beauté fatale). C'est un type de personnage qui revient sans cesse sous sa plume et devant sa caméra. Il admet d'ailleurs volontiers qu'Anouk Grinberg aurait fort bien pu incarner Marie Ange dans
les Valseuses, ou que le rôle de Carole Laure dans
Préparez vos mouchoirs était originellement destiné à
Miou-Miou. Ses actrices fétiches sont liées à ce type d'héroïnes.
Dans son second long métrage de fiction
Les Valseuses,
Miou-Miou s'impose comme sa première égérie. Petite coiffeuse, presque prise en otage par ces deux brutes de Depardieu et Dewaere, elle devra subir leurs assauts « pas très fleur bleue ». Frigide et indifférente, demandant à ce qu'on la regarde et qu'on l'aime, à ce que quelqu'un l'embrasse, elle les suit avec indolence. La belle est ainsi bien mal accompagnée ou appréciée, malgré les tentatives répétées de ces deux ballots pour lui faire atteindre le septième ciel. Ce n'est qu'à l'arrivée d'un timide, un introverti aux mains tremblantes qui va lui faire l'amour maladroitement qu'elle va enfin se révéler (très bruyamment). A la stupéfaction de ses deux compères qui croyaient connaître tous les trucs, cette pauvre fille méprisée devient une femme sexuellement libérée (et insatiable). Le trio est presque symbolique de la douce liberté de moeurs qui courait au début des années 70. Le vrai sujet de
les Valseuses, c'est cet éveil et ces femmes, dont Pierrot et Jean Claude parlent sans cesse, fort mal. Avec Jeanne Moreau, ils rencontrent la femme en perdition ultime, qu'ils saoulent d'attentions délicates et de caresses, sans saisir son instabilité première et sa fragilité psychologique. Cette femme leur apprendra la mélancolie et le désespoir dans le moment le plus grave du film.