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Ce que je recherche dans un film, c’est la perfection, qu’elle soit visuelle, auditive, intellectuelle. Je ne suis pas attaché à la vraisemblance ou au réalisme : ce qui compte pour moi c’est que le réalisateur arrive à faire passer une émotion. Cette émotion est palpable dans les 20 films qui suivent. Elle naît de situations, d’images et de dialogues qui créent une sorte d’alchimie de l’image. Le cinéma, c’est avant tout de la magie. Et comme le disait si bien Truffaut : "Je me désintéresse de tout ce qui ne vibre pas."
20.
LES LUMIERES DE LA VILLEJe commence mon classement par un Chaplin. L’essence du cinéma provient du muet. Hitchcock disait que pour faire un bon film, il faut avant tout maîtriser l’art du muet. Et Chaplin n’a pas besoin de dialogues pour exprimer ce qu’il veut communiquer. Sa mise en scène se focalise sur les regards et les gestes de ses personnages. Ce qui est extraordinaire chez Chaplin, c’est cette faculté de faire passer du rire aux larmes en un rien de temps.
Les Lumières de la Ville est constamment entre les deux : d’un côté, on a une histoire tragique (la petite fleuriste aveugle, la grand-mère trop pauvre pour payer son loyer qui est menacée d’expulsion) et de l’autre c’est une comédie burlesque, avec son lot de gags désopilants (la scène d’ouverture sur la statue, le bal, le combat de boxe). Mais cet humour est constamment empreint de nostalgie, voire de désespoir. Le film prend une tout autre dimension grâce à la scène finale : en l’espace d’un regard, Chaplin en dit plus long que n’importe quel discours. Un regard déchirant, profondément humain, qui tend vers une certaine universalité.
19.
ARRETE-MOI SI TU PEUXC’est selon moi le plus grand film de Spielberg, qui regroupe l’ensemble des thèmes chers au réalisateur. Franck J. Abagnale, c’est un peu un Indiana Jones en son genre, un extraterrestre de l’escroquerie, mais avant tout un enfant qui n’a pas grandi. Tout autour de lui n’est qu’illusion : les belles voitures, les femmes, l’argent, tout cela ne semble être qu’un décor dans lequel il évolue, parfois un peu perdu, en tous cas à la recherche de son identité. Di Caprio est impressionnant dans ce rôle de gentleman, roi de l’arnaque, toujours gosse dans sa tête. Bien qu’étant une comédie acidulée, une friandise de première classe qui est un hommage aux sixties,
Arrête-moi... aborde cependant des thèmes graves, comme l’explosion de la cellule familiale (le divorce est vécu comme un véritable séisme sentimental). On se demande finalement si Spielberg, en retraçant la vie de Abagnale, éternel enfant, n’a pas réalisé une œuvre autobiographique. Mention spéciale à Tom Hanks, fruste et décalé, qui joue dans un registre inhabituel, et à Christopher Walken, toujours aussi charismatique.
18.
21 GRAMMESUne claque scénaristique et visuelle. Un film physique, dans lequel il faut rentrer corps et âme. C’est d’abord la rencontre entre trois acteurs au sommet de leur art : Sean Penn, désarmant d’impuissance ; Benicio Del Toro, remarquable en écorché vif ; et surtout Naomi Watts, charnelle, immatérielle, divine. Iñarritu fait de son film un brillant exercice de style. Là où d’autres réalisateurs se seraient contentés de raconter une histoire en suivant le cours normal des événements, il décide d’éclater son récit, de briser la chronologie, de brouiller les pistes. C’est ainsi qu’on a au début des flashes de ce que sera la fin, comme des réminiscences. Et c’est là que réside tout l’intérêt du film : arriver à créer une émotion, un vertige constant, grâce à l’éclatement de la structure. Le poids des scènes est intense. La dureté des situations est parfois insoutenable (comme la scène où Cristina arrive à l’hôpital et apprend la triste nouvelle). Iñarritu fait corps avec ses personnages : la caméra les suit, colle à leur peau de telle façon qu’on ne peut que se sentir impliqué dans l’action.
21 Grammes est sans doute le film le plus dur et le plus pessimiste qui soit.