Par HBreeD - publié le 27 avril 2005 à 08h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h27 - 0 commentaire(s)
4. Ran (Akira Kurosawa)
Le grand Kurosawa nous libre ici une œuvre sur la vie, la pensée, la fourberie humaines. Par-delà cette fresque tout simplement superbe, gratifiée de plans majestueux rendant hommage à la beauté des paysages japonais, Kurosawa se penche sur les travers de la pensée humaine, à travers de personnages, tous emplis de personnalité contradictoire. Testuya Nakadai est magnifique dans ce film, beau, grand, dur, grand seigneur tout-puissant, il finit rabougri, écrasé sur lui-même, quasi-fou, perdu dans une vie qu’il ne reconnaît plus, des personnes côtoyées des années durant, et presque tous des inconnus, ou parfois même devenues des menaces. Guidés au travers de scènes de combats, de guerre, nous nous égarons là où a voulu nous emmener Kurosawa, dans l’incompréhension humaine, et peut-être aussi dans sa décadence, dans sa triste morbidité (la mort est partout, si proche)


3. Zatoichi (Takeshi Kitano)
Le sabre sans yeux, édictant sa loi par-delà les intrigues politiques, protégeant les faibles, punissant les dangereux, traversant la ville comme les chairs. Un divertissement qui régale les yeux, les cœurs aussi, car, comme à son habitude, Kitano enjoint un petit p.s nous indiquant sa vision de l’humanité, qui pour aussi japonaise qu’elle semble être, n’en reste pas moins universelle. Elle est parfois si belle, si poétique, si douce, sublimé par la beauté de cette femme et cet homme geisha, tous deux aux rares mais très forts traits de personnalité, tout comme la beauté de Tadanobu Asano, mâle de la toute puissance japonaise, aimant plus que tout son épouse, et tout dévoué à elle, femme souffrante, mais aussi Ronin en quête d’emploi et partant, destructeur de vie. Pour en sauver une, il en retirera beaucoup. D’ailleurs, chaque personnage n’est représenté que par quelques rares traits de caractères, pour comprendre la profondeur des choses sans se triturer le cerveau, mais aussi pour poursuivre cet aventure, avant tout divertissante. Kitano, pour cela, dissémine quelques jolies scènes drôles, parmi celles plus lourdes de sens, plus dures, a fait de son film un hommage au rythme musical, dans le montage, dans la scénographie, dans les combats, dans le final, aussi improbable que jouissif (special thanks à Kitano pour la démonstration de danse traditionnelle japonaise juste avant le final, explosif et tout en couleur)

2. Hana- Bi (Takeshi Kitano) Ce film est une fleur qui saigne des couleurs, des flammes (Hana-Bi : la vie et la mort dans le même terme) Les couleurs, la vie, la douceur, l’amour, l’humanité la plus belle côtoient la haine, la destruction, la maladie, l’incompréhension. Kitano montre l’amour, le dévouement d’une manière si simple, presque simpliste, mais pourtant si belle, si profonde, si humaine. La subtilité des choses belles est contre-balancées par la vulgarité des choses violentes, excessives. Kitano, que l’on présente si souvent comme le réalisateur japonais de films très violents, sait mettre tant d’humanité dans ses films. Un seul plan, fixe, sans paroles, sans geste, est capable de se jeter dans les profondeurs de nos cœurs, et nous faire vibrer comme peu d’autres. L’amour se révèle ici par ce qui n’est pas dit, ce qui est à peine montrer. Et c’est d’autant plus beau que l’on ne se perd par dans des choses larmoyantes, excessives, et au bout du compte, ennuyeuses, fausses, et inutiles.


1. Le Pianiste (Roman Polanski)
Ce film est une douleur, une peine. Il pleure la folie humaine, pleure le mal humain. Lorsque les hommes nous démontrent leur inhumanité, lorsqu’ils s’évertuent à nous montrer que la destruction du monde brûle dans le cœur, les yeux, les gestes de l’homme, moi, je m’effondre et souffre dans la peine, tremble dans la peur, m’étonne dans l’incompréhension, pleure dans la tristesse, hurle dans la colère du personnage central de cette œuvre. Nous nous enfonçons progressivement avec lui, passant dans ce qu’est la vie quasi normale d’un homme de Varsovie, juif, au début de l’invasion de la Pologne par les Allemands, et finissant déchirés, comme ces lambeaux de vie, cette chair brûlée et cette âme perdue, qui se savent vivantes sans l’être... Et par-delà la technique, la maestria de Polanski pour nous montrer ce qu’il faut, sans en faire trop, ni trop peu, je voudrais saluer le travail incommensurable de Adrien Brody, tout simplement superbe. Je conseille à tous ceux qui ne l’ont pas encore vu, comme à ceux qui l’ont déjà vu en version française, de le visionner en version originale. Car, non seulement Brody est de ces acteurs dont les expressions, les subtilités humorales se manifestent dans un naturel tout simplement beau, mais en plus, incarnant son personnage comme s’il y avait été, comme s’il l’avait vécue, cette horreur, et habité par les douleurs du véritable Szpilman, sa voix vibre selon ses émotions, selon chacune d’entre elles, aussi insupportables, pénibles qu’elles puissent être. Lorsque les larmes d’un homme scintillent dans ses yeux et coulent dans sa gorge, je me sens pleurer avec lui…
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