Par Mynameisbuck - publié le 28 novembre 2005 à 02h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h40 - 0 commentaire(s)
2. La Chair et le Sang (Paul Verhoeven, 1985)
Une vision du Moyen-Age barbare, sanguinaire, non manichéenne et ainsi (apparemment) plus réaliste. Les preux chevaliers de nos idéaux ont laissé la place à des êtres rustres, violents, stupides, soumis à une croyance qu'ils suivent aveuglément, uniquement intéressés par leurs intérêts personnels (sexe et argent). Atteignant à certains moments des sommets rarement entraperçus dans la violence et la répulsion (sort du nouveau-né, torture, utilisation de la peste comme arme), caressant à d'autres des cimes de sensualité et de volupté (la scène du bain et celle de l'échange de mandragore sont sublimes), "La Chair et le Sang" est probablement (car je ne connais pas vraiment encore la filmographie hollandaise du réalisateur) l'une des oeuvres ayant le plus contribué à conférer à Paul Verhoeven son image de réalisateur sulfureux, maître incontesté dans l'art d'allier sauvagerie et érotisme; car ce Moyen-Age malsain et sauvage est avant tout le théâtre baroque d'une histoire d'amour fou, une histoire dont l'ambiguïté n'a d'égal que la force du choc entre passions, sentiments, désirs, manipulations, domination et raison; une aventure sublime pour un couple qui ne l'est pas moins (les personnages comme les acteurs):elle, Jennifer Jason Leigh illumine l'écran avec ce rôle de femme partagée entre deux amours, elle y est magnifique, mystérieuse et (donc?) terriblement excitante; lui, Rutger Hauer, est aussi hallucinant en homme sauvage, animal, amoureux transi. Un chef-d'oeuvre flamboyant, mon film préféré du réalisateur aux Etats-Unis (et accessoirement son premier). Une expérience intense, et inoubliable pour peu que l'on s'y abandonne (le début laisse refléter un léger manque de moyen dans la reconstitution de la bataille, mais l'essentiel est bien ailleurs). Voilà qui donne envie de connaître rapidement tout ce qu'il a fait avant.



1. Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry, 2004)
N'ayons pas peur des mots: en dépit du postulat de base qui verse dans la science-fiction, "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" est une histoire d'amour qui paraît si authentique, si réelle, si sincère, qu'elle amène à réviser notre jugement sur d'autres films du genre; rarement une telle justesse, une telle sensibilité, une telle émotion auront été atteintes. Oubliez les inepsies mélodramatiques sirupeuses dont le cinéma est tellement friand; admirez plutôt ces comédiens, d'abord le couple principal Jim Carrey-Kate Winslet qui irradie complètement l'écran - si le premier était touchant dans le très bon "the Truman Show" de Peter Weir, et excellent dans le très bon également "Man on the Moon" de Milos Forman (même si le jeu plus excentrique qu'exigeait ce rôle le rendait à mon avis moins émouvant), il est ici plus que parfait, voire bouleversant par moments (comment oublier son visage lorsqu'il regarde attendri Clementine dormir dans sa voiture et qu'il la réveille... ou son comportement lors de la scène finale...); Kate Winslet est tout aussi rayonnante et n'a jamais paru aussi belle (sa séduction de Joel au début du film, ou son jeu lors la scène finale également...)- ; applaudissez également les seconds rôles, Tom Wilkinson, Mark Ruffalo, Elijah Wood ou autre Kirsten Dunst, tous sont magnifiques; appréciez la créativité de Michel Condry, ses nombreuses trouvailles visuelles, chaque souvenir s'effaçant de la mémoire de Joel d'une manière différente (les passionnants bonus du dvd expliquent une bonne partie d'entre eux); laissez-vous emportés par la superbe B.O.; goûtez au frisson et à l'émoi dans lesquels nous plongent (le réalisateur y contribue également avec notamment ce recours minimum au numérique qu'il explique -dans les bonus toujours- éviter parce que ça se voit et que ça ne dégage rien) le scénario d'une pertinence épatante de Charlie Kauffman; il montre d'abord l'importance du souvenir dans la relation amoureuse: le sentiment amoureux naît de la cristallisation des souvenirs que l'on a d'une personne; à partir du moment où l'un efface l'autre de sa mémoire, il ne l'aime en effet plus; sans souvenir, on ne peut parler que de désir ou d'attirance, pas d'amour. Le film montre bien d'ailleurs cette "seule" attirance réciproque lorsque Clementine et Joël se rencontrent à nouveau après s'être mutuellement effacés de leur mémoire. Seule une mélancolie sibylline ressentie par chacun des deux subsiste. Rien à voir ici avec la version idéaliste du coup de foudre martelée un peu partout au cinéma. Par cette histoire d'un romantisme infini, le film évoque également l'importance des souvenirs tout court (à relier avec l'impression d'avoir perdu son temps qui surgit après des évènements dont on se souvient pas): vouloir conserver ses souvenirs ne veut pas dire vivre dans le passé, les souvenirs nous donnent une substance qui permettent les émotions durables. Et le film ne parle pas que de cela. Il parle aussi de l'amour et de la vie avec ses hauts et ses bas, notamment lors des dernières scènes, si cruelles mais si belles et si déchirantes. Parce que le bonheur est (bien souvent) éphémère, parce que pour être heureux aujourd'hui il faut accepter l'éventualité de l'être moins demain, parce que vivre demande du courage, et parce qu'aucun film ne nous a jamais donné autant envie d'être amoureux, "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" est une merveille, un chef d'oeuvre incandescent et fiévreux à la portée universelle mais qui paradoxalement nous touche chacun au plus profond de nous. Quelque chose comme une évidence bouleversante.
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