Par Tropia - publié le 16 septembre 2005 à 05h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h35 - 0 commentaire(s)
Aujourd'hui coup de projecteur sur le top 20 de Tropia, qui nous propose un classement pour le moins cérébral. Continuez à nous envoyer vos TOP 20 commentés par mail à laurent.tity@dvdrama.com en précisant sous quel nom ou surnom vous voulez être publiés.



20. Psychose d’Alfred Hitchcock
Si la perfection existe au cinéma, elle pourrait s’appeler Psychose. Voilà un film où le langage filmique est poussé à son extrême. Hitchcock est un maître du suspense mais aussi un homme profondément intelligent qui parvint à allier cinéma populaire et cinéma d’auteur. Autant d’exemples que de réussites : Vertigo, Les oiseaux, Fenêtre sur cour, La mort aux trousses, L’inconnu du Nord Express, etc… La liste est longue. Psychose est passionnant parce qu’il touche au génie de l’action et du suspense. Tout est parfait, du moins tout semble l’être comme si l’on avait mélangé les ingrédients qui permettaient la formule ultime du divertissement. Pourtant il s’agit beaucoup plus ici que d’une simple affaire de divertissement. Hitchcock scrute la psyché humaine et nous montre des monstres qui ressemblent à notre voisin. Un monsieur tout le monde s’avère un tueur sanguinaire. Il ne s’agit pas d’Hannibal Lecter aussi charismatique que machiavélique, de l’ogre Jason Voorhees, du monstrueux Freddy, non, juste un jeune homme bien sous tous rapports. Si cet homme est un fou dangereux, mon frère passionné d’échecs pourrait bien l’être, tout le monde pourrait bien l’être, et voilà comment on se retrouve entourer de tueurs potentiels, merci Mr Hitchcock. Il propage donc l’horreur de façon magistrale en la rendant commune et peu impressionnante. Le point essentiel du film est également son montage. Jamais nous ne reverrons peut-être une telle force dans la construction d’une action, dans l’efficacité de la succession des plans. Il faut réellement parler de science du montage puisqu’il est porté à un niveau rarement égalé, la scène de la douche a encore de beaux jours devant elle (on peut penser à la séquence des marches d’Odessa dans le Cuirassé Potemkine d’Einsenstein pour trouver un exemple aussi probant). On peut aussi évoquer l’audace d’Hitchcock qui se permet --- SPOILER --- de faire disparaître son héroïne en pleine moitié du film --- SPOILER ---. A l’époque c’était un risque considérable, capable de décontenancer des spectateurs habitués à suivre un personnage de bout en bout et attendant toujours le sempiternel happy-end. Enfin il est impossible de ne pas être admiratif devant la description fine et subtile de la folie de Norman Bates. Un homme qui s’identifie aux rapaces, qui se comporte dans un premier temps tout à fait normalement mais néanmoins dégage une aura inquiétante (due également au physique sec et particulier d’Anthony Perkins). Hitchcock, déjà fort expérimenté lorsqu’il tourne le film, ne s’embarrasse plus des ficelles narratives inhérentes au genre et de personnages stéréotypées. Il donne le meilleur rôle à celui qu’admire toujours secrètement le public, c'est-à-dire le psychopathe. Il réduit son film à l’essentiel en conservant une ligne très forte de tension d’un bout à l’autre (montage et réalisation). Il compose ce qu’on appelle communément un chef d’œuvre en dépassant les frontières du genre. C’est un pionnier pour tous ceux qui s’attaqueront à ce genre en particulier après lui et une référence indispensable pour tous les cinéastes.

19. Les deux anglaises et le continent de François Truffaut
Truffaut, jeune turc des Cahiers du Cinéma qui pourfendait le cinéma « à papa » ou cinéma « de qualité », ne fut jamais plus inspiré que lorsqu’il se mit à faire exactement ce contre quoi il s’élevait des années auparavant. Comment ne pas voir dans ce film un beau cinéma, avec reconstitution d’époque, beaux habits, belles personnes, et finalement belle image et beau son. Le bon cinéma en somme, le cinéma d’artisan qui tourne à vide parce qu’il ne filme que lui-même (du Jean-Pierre Jeunet aujourd’hui). Seulement voilà, Truffaut ne fut pas non plus pour rien l’une des composantes essentielles de la Nouvelle Vague. Il a gardé de son goût prononcé pour des films honnêtes, dont le sujet était en étroite relation avec la forme, une capacité à donner la quintessence de ce qu’il filmait. Il vénérait les femmes, aimait les romances, c’est donc naturellement qu’il s’intéressa à cette histoire d’amour passionnée écrite par Henri-Pierre Roché dont il avait déjà adapté le premier roman dix ans plus tôt avec Jules et Jim. Il s’agit d’un jeune homme écartelé entre l’amour que lui porte deux sœurs anglaises, l’une est introvertie, discrète, l’autre plus volontaire et affirmée. Il tentera de les aimer toutes les deux. Aux indispensables scènes avec moult décors et costumes qu’auraient pu susciter cette histoire située au début du vingtième siècle, Truffaut a l’intelligence de préférer les personnages. Il filme avec une passion visible à l’écran les atermoiements, les difficultés, les inhibitions de ces jeunes gens qui ne peuvent s’aimer comme il le voudrait dans une société encore très puritaine. Même si il fait appel à une qualité technique (cadre, lumière, mouvements de caméra) qu’il avait pu décrier auparavant, il sait en tirer le meilleur et évite constamment de simplement filmer des acteurs faisant leur numéro et tirant le film à eux. Il se donne le temps et l’intensité nécessaire pour développer cette affaire de cœurs qui devient progressivement une affaire vitale. Le film dure plus de deux heures mais se tient constamment, reposant sur des personnages complexes et une réalisation parfaitement à l’aise dans ce registre. Truffaut exécute une symphonie des amours contrariés, il est alors plus que jamais un cinéaste du sentiment.



18. Taxi Driver de Martin Scorsese
Le film d’un cinéaste inspiré et d’un scénariste surdoué, Paul Schrader, qui devint également un réalisateur intéressant. Quel plaisir de sombrer corps et âme avec Travis Bickle dans les quartiers brûlants de la Grosse Pomme. Performant hallucinante de De Niro qui éleva son personnage au rang de légende du septième art, iconisé comme un Tony Montana. Réalisation sans faute d’un Scorsese encore plein d’envie et de hargne. Scénario machiavélique établissant enfin que, non, ce n’est pas le gentil qui gagne le plus souvent, mais l’être violent, le justicier expéditif, celui qui ne fait pas dans la demi-mesure et qui se rêve redresseur de torts. Le mérite premier de ce film est de décrire avec minutie l’engrenage psychologique qui amène à devenir un illuminé, un extrémiste, un dégoûté du monde et des humains. Un être faible, parce que fragilisé par son gouvernement, revient du Vietnam, on le laisse dans la merde comme tous les vétérans (God save Amercia), et puis il décroche un boulot pourri de taxi de nuit, forcément il ne peut pas vraiment y faire de rencontres intéressantes, du moins durables. Alors il s’enferme dans sa solitude, établit un système de pensée et devient de plus en plus seul. Il se fait insulter, caillasser, maltraiter parce qu’il est au contact de pauvres gens qui, eux, n’ont même pas le droit à un boulot pourri. Il maudit tout et tout le monde. Alors il en vient à penser à se défendre et se crée une morale en béton où il est aisé de désigner des responsables et de châtier les coupables. On devient alors Travis Bickle ou on va voter FN, faut voir, ça se ressemble finalement… Le facho est un frustré, un cynique, ou un imbécile, ça n’aura échapper à personne. Pourtant c’est le facho qu’on récompense à la fin, parce qu’il a agi et donné des solutions simples à des problèmes compliqués. Que Nicolas Sarkosy ait vu Taxi Driver ne m’étonnerait pas.


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