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Quand on a vu quelques milliers de films et qu’on en a aimé à la folie une bonne centaine facilement, l’exercice du top 20 est évidemment délicat. Si on est scientifique et rigoureux (ce qui relève de mon caractère et a trait à ma formation aussi), on ne peut guère faire autrement que de se fixer des critères. Les miens, évidemment contestables, ont consisté à (essayer de) mélanger des films de tous les pays et de toutes les époques, des films reconnus et des raretés, sans citer plus d’une fois le même réalisateur. Ceci dit, même en s’assignant cette ambition, il y a quand même des préférences fortes qui apparaissent : moi, par exemple, j’aime beaucoup le cinéma des années 60, le romanesque, l’onirique et les histoires de famille, et, pour information, Kurosawa, Fellini et Kubrick sont mes cinéastes préférés. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a ni film comique, ni western, ni SF que je n’aime pas ça, loin de là. Ce préalable étant posé, mon top 20, ça donnerait ça :
20.
Baisers volés/Domicile conjugal (François Truffaut)
Le cinéaste français (parisien même) par excellence. Un cinéma littéraire, fondé sur les dialogues, porté par de belles actrices ; un cinéma rétif à l’imaginaire et à l’onirisme, sans ambition formelle excessive (pas de mouvements d’appareil compliqués et tout ça), naturaliste et quotidien aussi. Je ne suis pas un fanatique du Truffaut nouvelle vague et je préfère ses films ultérieurs, notamment Adèle H., les Deux anglaises ou le Dernier métro, où il traite franchement du sujet qui l’intéresse : les femmes et la passion amoureuse, puisque, c’est sa vision, le cinéma consiste « à faire faire de jolies choses à de jolies femmes ». Entre les deux époques, il y a ces deux petits miracles de charme et de légèreté que sont les volets 3 et 4 du cycle Antoine Doinel. Ces films sont comme un roman d’apprentissage (un jeune homme débute dans la vie) et marquent aussi les débuts de l’auto-fiction : Truffaut prend des anecdotes de sa vie personnelle et les traduits en fiction, avec des personnages plus beaux et des situations plus fortes. Si on lit la bio de Toubiana et de De Baecque, à peu près tout ce qui est dans le film lui est arrivé : le trou au service militaire, l’amour des jeunes filles sages, la liaison avec une japonaise… Palme des seconds rôles au duo Delphine Seyrig / Michael Lonsdale.
19.
Journal intime (Valerio Zurlini)
A ne pas confondre avec le film de Moretti, celui-ci a pour titre original
Cronaca familiare, ce qui en l’espèce un titre ambigu, puisque l’histoire est celle de deux frères séparés qui se retrouvent à la mort du cadet (Jacques Perrin). L’aîné (Mastroianni) vient assister à son agonie à l’hôpital : ils partagent leurs souvenirs et leur mélancolie. Difficile d’expliquer pourquoi ce film me touche autant : il y a cette Florence sombre et hivernale ; il y a cette relation fraternelle, la plus belle que j’ai vue au cinéma, avec ce mélange de douceur et de dureté (l’un a été adopté par une famille aristocratique, l’autre a fait durement son chemin dans la vie) ; il y a ce pathétique de voir partir quelqu’un qu’on sentait si proche et qu’on a finalement pas eu le temps de connaître. Du même Zurlini et dans la même veine, on peut (essayer de) voir Eté violent avec Jean-Louis Trintignant et La fille à la valise avec encore Jacques Perrin et Claudia Cardinale dans son meilleur rôle. Tout ça est hélas introuvable en DVD.
18.
Principio y fin (Arturo Ripstein)
Quelle claque que ce film, vu trois fois, toujours au cinéma (le Latina le repasse parfois) car indisponible en DVD ou VHS et, à ma connaissance, jamais passé à la TV (si vous avez une K7, je suis prêt à payer très cher). Arturo Ripstein est un mexicain qui aime à mettre en scène des individus rattrapés par la misère sociale et affective, et à les observer de haut s’enfermer dans leur chute. C’est un cinéma que d’aucuns jugeront glauque et dont d’autres penseront qu’il crée un genre de film noir « social » : les femmes tombent toujours amoureuses de l’homme qu’il ne faut pas, les hommes ont toujours des amis qui les entraînent dans des mauvais coups, le manque d’argent fait toujours choisir les mauvaises solutions. Les protagonistes luttent, espèrent et, finalement, tombent. C’est souvent intéressant, pas toujours réussi. Mais ici, dans cette adaptation d’une nouvelle de Naguib Mahfouz, c’est la réussite imparable. Une famille de Mexico, en voie de déclassement accéléré. Une mère qui essaie de tenir ses troupes (en vain), un fils qui vire voyou, l’autre qui n’a pas l’argent pour ses études, la fille qui devient pute. Ca ne donne pas très envie, c’est glauque, me direz-vous : oui, mais c’est violent, ça cogne dur. Le final du film est ahurissant et rappelle un peu celui de Requiem for a dream. Une musique de percussions commence 10 mns avant la fin et monte crescendo jusqu ‘à devenir assourdissante : on les voit un à un se détruire. La musique monte encore d’un cran, clap de fin. On a pris des coups pendant deux heures 30 et c’est le KO final. Grandiose.