Après Park Chan-Wook, Ridley Scott et Renny Harlin, un autre grand cinéaste (euphémisme) à l'honneur du
Top Séquence, à savoir le maître du suspense, Alfred Hicthcock. Henri Philibert-Caillat décompose ici une scène du cultissime
Psychose. Pour voir vous aussi votre
Top Séquence publié sur le site, il vous suffit de l'envoyer à
laurent.tity@dvdrama.com.
Je me propose d'analyser une séquence du
Psychose de Hitchcock, celle où la soeur de Marion, Lila, pénètre dans la maison des Bates.
Mais, d'abord, pourquoi
Psychose ? Sans doute parce qu'avec
le Citizen kane d'Orson Welles, il s'agit du film qui a le plus profondément et durablement influencé le cinéma moderne, tant par la richesse de ses thèmes que par l'aspect profondément novateur de sa réalisation.
Avant d'en venir à l'interprétation de la séquence, il convient de la situer dans le film. Marion a été assassinée et le détective Arbogast lancé à sa recherche a subi le même sort. Dès lors, sans nouvelle du détective, la soeur de Marion, Lila, accompagné de l'ami de Marion, Sam Loomis, n'a plus d'autre choix que de mener sa propre enquête pour savoir ce que sont devenus Marion et Arbogast. Lila et Sam se rendent donc au motel des Bates, interrogent Norman dont les réponses confuses les inquiètent. Sam décide donc d'occuper l'attention Norman en l'interrogeant tandis que Lila entrera dans la maison pour recueillir le témoignage de la mère de Norman.

En quelques mots, et pour justifier l'intérêt de cette séquence de l'intrusion de Lila dans la maison des Bates, il faut bien préciser ce qu'elle représente. La maison de Norman tient en effet un rôle central, d'abord en ce qu'elle est montrée comme un personnage du film à part entière, à la fois décor inquiétant et principal puisque présente pendant les deux tiers du métrage. Mais surtout parce qu'elle apparaît comme l'une de ces figures signifiantes du film. Le premier plan qui la montre dessine un visage nocturne : silhouette obscure dans la nuit sur fond de ciel tourmenté de nuages obscurs, aux deux fenêtres éclairées comme deux yeux grand ouverts. Dès ce premier plan et dans tous les suivants, elle est montrée soit en contre-plongée : premier regard levé de Marion sous la pluie diluvienne vers ces deux fenêtres, yeux d'un visage inquiétant semblant guetter sa proie ; regard levé de Norman au pied de l'escalier imposant sa verticalité, le faisant hésiter puis renoncer à affronter sa mère ; montée du même escalier par Arbogast ; regard levé de Lila à la recherche de la vérité lorsqu'elle s'introduit dans la maison. Soit, à l'inverse, utilisation de la plongée qui va frapper Arbogast dans l'escalier, qui montre Norman portant sa mère hors de la chambre et qui semble regarder Lila s'apprêtant à entrer dans la maison.
Ce procédé de la contre-plongée/plongée impose avec force le rapport entre le
dominateur et le dominé ou, plus précisément, entre le bourreau et la victime et installe dans le film un décor ainsi donné à voir comme dissonant, comme sourdement inquiétant, voire menaçant, renvoyant le spectateur aux peurs primales de l'enfance (une maison ou un antre de sorcière ou d'ogre ?) en une stupéfiante régression qu'évoque l'hallucinante explication finale du psychiatre à l'aide de mots mais que Hitchcock avait préalablement révélée par sa mise en images de ce "manoir gothique" qui apparaît alors pour ce qu'il est vraiment : une figure essentielle du film, un simulacre de la conscience de Norman.