Par Arnaud Bordas - publié le 26 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 09 novembre 2009 à 09h18 - 0 commentaire(s)
A l’occasion de la sortie du Lucky Luke de James Huth, il nous semblait intéressant de revenir sur le western français, genre peu prisé de nos compatriotes et que l’on a baptisé avec beaucoup de goût le western-camembert. Pour ce faire, nous sommes allés rencontrer Jean-François Giré. Né en 1955, assistant-monteur auprès d’Yves Robert, François Truffaut ou Roman Polanski, auteur-monteur-réalisateur de documentaires, Giré a également signé un formidable ouvrage de référence : Il était une fois le western européen (éditions Bazaar & Co – 584 pages – 52,50 euros). Conversation à bâtons rompus avec un érudit doublé d’un passionné.



Alors, le western français, ça commence quand ?
Et bien, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les Français ont commencé à tourner des westerns pratiquement dès les débuts du cinématographe. Notamment avec les films de Joe Hamman, au tout début du XXe siècle. Des films quasiment invisibles aujourd’hui et qu’il serait bon d’éditer en vidéo.

Il s’agissait de films tournés la plupart du temps en Camargue, non ?
Oui, ainsi que dans le bois de Meudon et à Arcueil, où il y avait une grande carrière. Les westerns camarguais, c’est presque devenu un genre à part, par la suite. Mais bon, ce qu’il y a de passionnant avec un gars comme Joe Hamman, c’était son expérience. Il était vraiment parti vivre aux Etats-Unis pendant des années, où il avait côtoyé les cow-boys et les Indiens. C’était un cavalier émérite, un cascadeur professionnel, un véritable aventurier. Il ne réalisait pas toujours ses films mais c’était une véritable star. Il a laissé une empreinte indéniable. Dès qu’on parle du western français, on est obligé de parler de lui.

Et après Joe Hamman ?
Après Hamman, le genre se fait beaucoup plus discret. Il y a la Première Guerre mondiale, et après, quelques tentatives isolées, comme Haceldama ou le prix du sang de Julien Duvivier, en 1919, le moyen-métrage La Terreur de la Pampa, avec Fernandel, en 1932, ou encore Fort Dolorès, de René LeHénaff, en 1938. On peut noter aussi quelques faux westerns, comme Amour et vendetta, réalisé par René Norbert en 1923 et prenant pour cadre les paysages sauvages de la Corse, ou encore, en 1938, Ernest le rebelle, interprété à nouveau par Fernandel, réalisé par Christian-Jaque et dont l’intrigue se situe en Amérique du Sud. Après ça, le western français disparaît pendant un certain temps puisque, durant la Seconde Guerre mondiale, les autorités allemandes interdisent évidemment toute référence à la culture de l’ennemi américain. Il faut ensuite attendre le milieu des années 50 pour le voir réapparaître. Il y a tout d’abord La Caraque blonde en 1952, un faux western situé en Camargue et réalisé par Jacqueline Audry. Puis, suivent des comédies plus ou moins poussives, comme Fernand Cow-boy, avec Fernand Raynaud, en 1956, ou, deux ans plus tard, Sérénade au Texas, avec Bourvil et Luis Mariano. Et puis, en 1961, on retrouve Fernandel, qui joue un double-rôle, celui du méchant et celui du gentil, dans le sympathique Dynamite Jack, qui est peut-être le plus réussi des nombreux westerns comiques français.



Dans les années 60, avec l’explosion du western italien, il y a quelques tentatives françaises plutôt intéressantes, non ?
Oui, en plus du Viva Maria ! de Louis Malle, qui est plus un film d’aventures qu’un western, on peut retenir principalement les deux films de Robert Hossein, Le Goût de la violence et Une corde, un colt, respectivement réalisés en 1960 et en 1969. Le premier est un très beau film, tourné dans un superbe noir et blanc et porté par la musique du père de Hossein. Et, accessoirement, c’est le premier western-Zapata (sous-genre du western européen à forte connotation politique évoquant principalement l’émancipation des paysans d’Amérique centrale du joug des puissances coloniales – ndr), qui développe un thème qu’aime bien Hossein : celui d’un amour impossible entre un révolutionnaire et la fille d’un dictateur. C’est un joli film, avec toutes les caractéristiques du cinéma de Robert Hossein : une certaine naïveté, une certaine poésie visuelle… Bon, en même temps, dans les années 60, même si les westerns français ne sont toujours pas légion, il faut quand même noter que les Français investissent beaucoup dans les coproductions européennes. Ce qui permet de retrouver des acteurs bien de chez nous dans des films italiens ou européens : Jean-Louis Trintignant dans Le Grand silence, Alain Delon dans Soleil rouge… Pour revenir à Hossein, il faut compter aussi avec Une corde, un colt, qui est à nouveau un beau film, une sorte de tragédie grecque, lente et désespérée. Et contrairement au film précédent, c’est cette fois-ci un vrai western à 100 %. Hossein, qui est un vrai passionné du genre, rêvait de faire un vrai western et, à la fin des années 60, la mode du western italien lui permet de concrétiser ce rêve avec Une corde, un colt. Il y a parfois des facilités dans le cinéma de Hossein, mais quand on voit ce film, on peut difficilement remettre en cause sa passion pour le genre.



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