Par Nicolas Houguet - publié le 03 mars 2008 à 01h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h28 - 0 commentaire(s)
Frank Miller est un grand nom de la B.D américaine, l'un de ses représentants les plus créatifs, intéressants, avec une ambition inédite dont la portée n'est pas sans rappeler celle du grand Alan Moore. Avec eux, le genre souvent encore un peu toisé de la bande dessinée trouve sa noblesse et sa grandeur, à l'égal de la bonne littérature. Il a totalement renouvelé la manière d'aborder les super héros en écrivant des albums de référence comme Daredevil Renaissance ou Batman année zéro (qui servit de support à Batman Begins) ou le grandiose Dark Knight critiquant la culture américaine dominée par la télévision et où Superman apparaissait par exemple comme un facho aveuglément soumis à la Maison Blanche. Batman devenait quant à lui une sorte de figure d'anarchiste nihiliste à peu près aussi trouble que ceux qu'il poursuit. On voit également apparaître dans cet univers prétendument infantile, des scènes osées, de nudité ou liées à la drogue (l'héroïne). Miller apporte donc un nouveau souffle aux comics des années 80, y faisant apparaître des sujets d'une grande maturité et assez violents dans un milieu traditionnellement considéré comme simpliste et infantile. Il apporte nuance, décalage, noirceur et une grande finesse psychologique là où on n'attendait pas forcément cela. C'était d'une grande ambition artistique et sa carrière en tant qu'auteur est avant tout marquée par cela.

Dans sa grande fresque en sept tomes, Sin city, on plonge dans un univers total, très violent et glauque, entièrement conçu par lui (y compris les magnifiques dessins en noir et blanc avec parfois un éclair de couleur pour accentuer un détail, comme un complément idéal au texte qu'il illustre). On y croise les mêmes personnages d'un tome à l'autre et peu à peu la ville aux multiples péchés existe avec ses personnages emblématiques, torturés, désespérés ou détraqués, de marginaux (comme "cet enfant de salaud", Marv, Dwight, et tous les autres âmes damnées qui errent dans cette ville). Cette série de romans graphiques (le terme de bande dessinée devient ici impropre) est d'abord un hommage vibrant aux films noir, aux polars, à l'univers de Chandler, une ambiance mature qui a rarement trouvé plus belle interprétation et qui hissent Sin city au rang -disons-le- de chef d'oeuvre incontournable des années 90. Son unité, sa cohérence et son intégrité artistique sont totales et singulières.


Comparaison entre la BD et le film

Il est révélateur que cette oeuvre trouve une très belle adaptation au cinéma, cosigné par l'auteur avec Robert Rodriguez. On pourrait dire qu'il s'agit de la meilleure adapation de comic book jamais réalisée. Mais il ne s'agit pas du tout d'un comic book. On y est plus proche d'un Grand Sommeil violent que d'un Spider-Man. C'est avant tout une grande oeuvre, un point c'est tout, qui a trouvé son adaptation digne au cinéma, média qu'elle sous-entendait puisque les planches de Miller ressemblent souvent (et depuis longtemps) à des story-boards et que le film les suit scrupuleusement, ce qui est la clé de sa réussite. Mais il y a aussi cette merveilleuse narration omniprésente à l'écrit que l'on retrouve dans la voix off qui courent dans tout le film. Miller fait entrer dans l'intériorité et l'intimité de ses personnages. C'est ce qui fait la richesse profonde de son art.

Mais son roman graphique le plus impressionnant, le plus audacieux, le plus abouti est assurément les 300, qui se hisse au rang de véritable oeuvre d'art. Elle est hors normes, totalement singulière et hors de tous les canons connus. Son format est étrange tout d'abord, de grandes planches horizontales de très grand format, qui explosent littéralement la convention habituelle des bande-dessinées en vignettes. Ces images s'étalent parfois sur toute une page. Les dessins de Miller lui-même sont de toute beauté et les couleurs de Lynn Varley, dominés par une sorte de ton sablonneux ou sépia et jouant sur l'ombre, donnent le sentiment qu'il sont anciens et subliment magnifiquement le récit.


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