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Les amitiés improbables au cinéma : de Mme Muir à Woody Allen

Par Jean Patrick DESPORTES - publié le 22 décembre 2009 à 16h56 ,
MAJ le 23 décembre 2009 à 02h02 - 0 commentaire(s)

Nathaniel et Steve, interprétés par Jamie Foxx et Robert Downey Jr n'avaient rien en commun avant de se connaître. L'un est clochard schizophrène, anciennement grand soliste et l'autre est un journaliste à la recherche du bon papier. Mais une rencontre fortuite va les conduire sur les chemins de l'amitié. A l'occasion de la sortie du Soliste, ce mercredi, penchons nous sur cinq films qui, tout comme le film de Joe Wright, narrent des amitiés à la base improbables qui ont transformé la vie de ces personnages et fait fondre le cœur des spectateurs.
 
L'Aventure de Mme Muir (1947 ; Joseph L. Mankiewicz)
L'un des plus beaux films de Mankiewicz. Cette histoire peu banale pour l'époque continue de marquer les esprits par ses qualités d'écriture, de mise en scène et d'interprétation. Lucy (interprétée par la magnétique Gene Tierney) est une femme indépendante et avant-gardiste pour l'époque (fin XIXe siècle). Récemment veuve, elle décide, contre la volonté de sa belle-famille et les us et coutumes de l'époque Victorienne, de s'installer seule avec sa fille dans une maison en bord de mer. La maison est magnifique et peu chère mais l'agent immobilier lui déconseille en raison d'un fantôme hantant la bâtisse. Faisant fi de cette recommandation, Lucy prend la maison contre toute attente. Il faut dire que la miss a un caractère bien trempé. Ce n'est pas pour déplaire au marin qui vivait en ces lieux quelques années plus tôt. Voulant au départ effrayer la jeune veuve, le capitaine Gregg (Rex Harrison, fabuleux), homme peu pratique, va succomber peu à peu au charme de cette femme de tête.
L'Aventure de Mme Muir constitue le meilleur film sur une amitié a priori improbable. Une jeune veuve et le fantôme d'un marin vont au début se défier puis petit à petit devenir bons amis, jusqu'à tomber amoureux. Rares sont les histoires d'amitié aussi subtiles, aussi parfaites dans leurs descriptions de sentiments contrariés. Au départ Lucy s'agace de ne pouvoir jouir de son bien puis s'exaspère de cet homme veule et peu à peu s'attache jusqu'à la totale admiration. Le crescendo scénaristique est parfaitement huilé et jamais on ne peut remettre en doute la sincérité de leur relation. Magnifiques interprétations de Tierney et Harrison. L'amitié n'a alors plus de frontière et ce n'est certainement pas la mort qui se mettra entre ces deux êtres a priori très différents.  

 

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Bagdad Café (1987 ; Percy Aldon)

Peut-être le film le plus célèbre sur une histoire d'amitié improbable. Au départ, Miss Jasmin, une Allemande très ronde, lâchement abandonnée par son compagnon dans le désert américain et Miss Brenda, noire très sèche, tenancière d'un motel miteux, ne devaient jamais devenir amies. Un concours de circonstances va alors les rapprocher. Mais le chemin sera ardu. Toutes deux - sans le savoir - vivent une situation similaire : elles quittent des compagnons lâches et immatures. Elles se retrouvent donc seules face à la vie. Au départ, leur première rencontre, très froide, ne laisse présager une future amitié très forte. Miss Jasmin ne pipe rien à l'anglais. Elle balbutie quelques mots mais ne comprend pas bien ce qu'on lui dit. Miss Brenda, ne voit pas d'un bon œil l'Allemande qui vient s'installer indéfiniment dans son motel. De prime abord, elle la suspecte d'être un homme, à cause d'un échange malencontreux de valise avec son mari. Puis petit à petit, elle va se laisser apprivoiser par cette femme aussi seule qu'elle. Mais avant cela, insultes et suspicion seront les maîtres mots de leur relation.
Dans les années 80 ce film est instantanément devenu culte en raison de sa bande originale (le célèbre Calling You) et de l'amitié qui lie Marianne Sagebrecht et CCH Pounder. Il faut voir ces deux âmes en peine se tourner autour, se chercher puis se rentrer dedans avant que naisse l'un des plus beaux cadeaux de la vie : l'amitié. Il va naître à cause de phrases terribles assénées par Brenda à Jasmin. Exaspérée que cette étrangère s'occupe de son petit-fils et s'amuse avec ses enfants, Brenda va se lâcher et la blesser là où ça fait mal (« vous n'avez qu'à élever vos propres enfants »). Sachant qu'elle est allée trop loin, Miss Brenda viendra s'excuser et commencera à découvrir Miss Jasmin en laissant tomber la méfiance qui la ronge depuis le début du film.
Ce qui fascine le plus dans ce long-métrage c'est l'alchimie entre les deux actrices, toutes deux originaires de pays différents. Leur duo fonctionne à merveille et permet au film de gagner en émotion. Dès lors, on est bouleversé lorsque ces deux femmes se retrouvent après quelques mois de séparation (à cause du visa américain). Elles se regardent de loin, heureuses. Puis après un temps d'attente où elles se scrutent, se courent dans les bras et s'enlacent avec une fraternité non feinte. On aura passé tout le temps du métrage à voir naître cette amitié, scène après scène, couac après couac pour finir sur l'une des plus fortes relations amicales du cinéma. Et cette dernière réplique, magique, qu'adresse Jasmin à l'homme qui lui propose de l'épouser : « Il faut que je demande à Brenda » restera dans l'histoire du cinéma comme l'une des meilleures répliques finales.

 

Bagdad Café
 
Coups de Feu sur Broadway (1994 ; Woody Allen)
A revoir cet excellent opus Allenien quinze ans après, on s'aperçoit rapidement de la qualité d'écriture en général et des personnages en particulier. L'amitié décrite ici réunit un jeune auteur de théâtre talentueux, qui n'a malheureusement pas le même don pour la mise en scène et un mafieux qui se révèle être un metteur en scène prodigieux. N'ayant pas forcément son mot à dire sur le casting, (la pièce est produite par un mafieux) l'auteur se voit diriger une jeune actrice malheureusement imposée aussi épouvantable qu'irritante par sa voix nasillarde. Entrée en scène du futur meilleur ami de l'auteur en la personne du chaperon de cette jeune femme : un homme de main peu amène.
Interprétés par John Cusack et Chazz Palminteri, les deux personnages de cette hilarante comédie vont constituer le cœur de ce film brillant. On reste très touché par la réunion intellectuel / bad guy qui forme le meilleur duo masculin du cinéma Allenien. Il faut dire que le scénario donne la part belle à leurs échanges. L'auteur qui n'a rien compris à la vie ou aux femmes va recevoir des cours de la part d'un non instruit mais qui arrive à diriger des acteurs qui partaient dans tous les sens sans lui. Terminés les caprices de Diva et au boulot. Ces échanges sur le théâtre et les bassesses délinquantes sont d'une drôlerie à toute épreuve. La réunion de ces deux êtres que tout oppose prouve une fois n'est pas coutume qu'un motif commun peut relier des personnes a priori éloignées... Qui a dit que le théâtre et la mafia étaient incompatibles ?
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