GERMINALLe Voreux est en effervescence, la grève est votée. Les miniers détruisent les installations qui permettent à ceux qui désirent travailler de descendre dans le puit. Mais la rage gronde et le groupe est bien décidé à faire plier les propriétaires. Sur le chemin ils traversent le village, les femmes s’acharnent, elles veulent du pain pour leurs enfants. Dans une courte scène, Méras, l’épicier, est pris en défaut. Il tente de s’échapper par le toit mais glisse et se fracasse le cou sur le sol boueux. La Maheude (Miou-Miou), femme de coron, lui graisse le gosier de fumier pendant qu’une vieille l’émascule au couteau. Plus tôt dans le film, lorsque les femmes imploraient le commerçant de leur faire crédit, celui-ci avait refusé sinon en passant une nuit avec les plus jolies. La vieille s’était proposée mais essuyât le refus de la vieillesse. Castration du puissant, il faut lire la scène au-delà de la signification de vengeance des femmes vis-à-vis de l’homme. L’épicier est commerçant, il gère un établissement, troque des biens contre de l’argent. De plus sa marchandise est essentielle, il vend des vivres. Une position maîtresse qui lui assure dividendes et bénéfices. Les corons, eux, peinent pour un autre et leur salaire est fonction du rendement et des aléas de la prospection minière. Clairement, le personnage de l’épicier est du côté des patrons. Pour cause, Méras est un profiteur, il vit de bonne chaire pendant que ses clientes n’ont de quoi payer leur pain. L’arme des ouvriers est la peur. Tombé du toit, Méras n’a plus la position dominante. Il gît dans la boue. La vieille l’émascule pour encore mieux souligner sa perte de pouvoir. A défaut d’avoir du pain….

L'EMPIRE DES SENSSada (Eiko Matsuda), prostituée de son état, s’est entichée de Kichi (Tatsuya Fuji), un homme marié. La passion sexuelle brûle entre les deux êtres qui tentent désespérément de reculer leurs limites devant la recherche du plaisir ultime. Mais Sada désire plus, elle veut posséder l’homme qu’elle aime car elle ne supporte pas l’idée que celui-ci aille rejoindre son épouse après leurs ébats. Après toutes sortes de jeux et de sévices, la prostituée étrangle son amant et provoque chez lui l’extase paradisiaque. Mort d’étranglement et de jouissance, Sada le castre pour parachever son appropriation. Emasculation en deux temps, elle coupe tout d’abord la verge encore raide de l’action sexuelle précédente puis tranche les testicules, symboles de la fertilité. Elle castre ainsi les deux fonctions de l’organe sexuel mâle, celles de la puissance et de la fertilité. Pour marquer encore plus sa possession, elle écrit en idéogrammes de sang sur le torse sans vie de son partenaire « rien que nous deux ». En effet pour le posséder totalement, elle n’avait d’autre choix que de le priver de ses atouts masculins. Emasculé, privé de ses fonctions primaires, l’amant n’a plus d’attribution, de fonction ni d’identité. Tirer d’un fait divers du Japon des années trente, une prostituée a été retrouvée folle, déambulante dans les rues de Tôkyô avec les parties génitales tranchées dissimulées dans son kimono. Souvenirs, trophées, symboles, Nagisa Oshima utilise le sexe tranché comme une image de l’oppression sociale menée contre la représentation du sexe, de l’érotisme et des pouvoirs du corps. Cette oppression, le cinéaste la combattra une fois de plus lors du procès contre le livre du film qui se déroulera les années suivantes. «
Jusqu’alors, je n’avais fait avec aucun homme ce que j’avais fait avec Ishida. Jusqu’alors, il ne m’étais jamais arrivé d’avoir des relations avec des hommes en m’oubliant moi-même. » (extrait du procès-verbal de l’interrogatoire de Sada subit au moment de l’instruction en 1936).
Dossier rédigé par Nicolas Houguet, PitouWH, David Brami et David A..