Dresser une liste des films d’Heroic Fantasy qui ont traversé l’histoire du Cinéma nécessite d’abord de s’entendre sur la définition du terme et le circonscrire. D’emblée, il nous faut écarter la fantasy au sens le plus large (qui s’étend de la Mythologie grecque aux Contes des 1001 Nuits en transitant par le Rig Veda) et se focaliser essentiellement sur l’héritage des récits nordiques, c’est-à-dire les mythes de l’Edda, de Beowulf et ce qu’ils ont pu nourrir chez les peuplades scandinaves, celtes et saxonnes.
Cet héritage de tradition orale fut pratiquement perdu à l’entrée dans le XIXème siècle, et ne dut son sursaut qu’à l’intérêt d’intellectuels pour la plupart allemands, charpentant les carrières des frères Grimm, de Wagner, de Nietzsche et tant d’autres.
C’est donc tout naturellement en Allemagne que naîtra le premier film marquant d’Heroic Fantasy, à savoir
Les Nibelungen (1922-24). Très librement inspiré par L'anneau des Nibelungen de Richard Wagner, cette œuvre de l’incontournable Fritz Lang va définir durablement les codes visuels hypertrophiés du genre : beauté et grâce majestueuses, force herculéenne, magie puissante, laideur atroce. Bien que remarqué, le film est à l’époque atypique, et sa démesure formelle ne fut pas véritablement suivie (si l’on excepte éventuellement Jean Cocteau qui eut quelques accès d’une telle fulgurance dans
La Belle et la Bête). Le destin voulut hélas que les Niebelungen croise la route des nationalistes allemands, qui y voyaient là l’illustration idéale de leurs fantasmes mystiques. Dès la prise de pouvoir par Hitler et sa bande, ces derniers invitèrent Fritz Lang à venir servir leur propagande. Le réalisateur préfèrera l’exil aux Etats-Unis, tandis que sa femme Thea Von Harbou, scénariste des
Nibelungen rejoindra les rangs des marcheurs au pas de l’oie. Et c’est une autre femme, Leni Riefensthal, qui deviendra la cinéaste officielle du parti nazi, empruntant sans vergogne plusieurs « codes » visuels du genre dans ses documentaires de propagande (lumières rasantes, contre-jours, armées avançant sous les torches, contre-plongées sur des silhouettes guerrières présentant leur profil etc.).
Leni Riefenstahl50 millions de morts plus tard, l’imagerie de cette Heroic Fantasy à peine naissante devient le synonyme de toutes les atrocités commises en son nom. La plupart des pays d’Europe vont bannir d’instinct tout ce qui peut rappeler Wagner et ses guerriers germains, et seuls les pays qui ont dûment combattu l’Allemagne nazie (URSS, USA, Angleterre) auront le loisir de réinventer l’Heroic Fantasy en la débarrassant de ces oripeaux macabres. Sur le front russe, c’est le cinéaste Alexandre Ptouchko qui prendra les rênes de ce renouveau, d’abord avec un étrange dérivé russe de Sinbad le Marin (
Sadko, en 1953) puis surtout avec son œuvre la plus emblématique,
Le Géant des Steppes (1956) fresque onéreuse et optimiste, au visuel impressionnant, où les dragons côtoient des centaines de milliers de soldats et presque autant de chevaux. En 1972, le même homme adaptera Pouchkine par le prisme de la mythologie finlandaise avec
Rouslan et Ludmilla, film d’aventures aux relents de merveilleux assumés.