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Les Films D'heroic Fantasy Part.1 : Un Genre Maudit [page 3]

Par Rafik Djoumi - publié le 22 novembre 2007 à 03h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h33 - 0 commentaire(s)
En attendant, Hollywood s’acharne sur le genre et cumule les erreurs de cible. Ladyhawke (1985) de Richard Donner, part d’un bon postulat mais se débarrasse de toute la ménagerie qui fait pourtant le charme du genre (pas d’elfes, pas de goblins, pas de fées, pas de dragons) et nous gratifie en plus d’une musique pop truffée de synthétiseurs et de guitares électriques qui s’accordent curieusement assez mal avec la campagne médiévale. Le studio Walt Disney mise beaucoup d’espoir sur Taram et le Chaudron Magique (1985) mais sa direction rend fou les animateurs à changer d’avis tous les deux jours (« faîtes nous quelque chose pour les plus grands, mais quand même pour les tout-petits, qui soit effrayant et super mignon, et si possible très cher bien qu’on a pas d’argent »). Enfin Universal retente l’expérience avec Legend (1985) réalisé par Ridley Scott. Plombé par les problèmes de tournage et l’incohérence de ses producteurs, le cinéaste parvient néanmoins à créer un film plus « fantasy » que véritablement « héroïque », mais dans lequel il déploie des fastes graphiques comme on n’avait plus vu depuis Les Nibelungen. Las ! A quelques semaines de la sortie américaine, Universal remonte tout le poème visuel pour en faire un vidéo-clip. Une demi-heure du métrage disparaît au détriment de toute cohérence ; la musique expérimentale de Jerry Goldsmith est remplacée par des slows mielleux de Bryan Adams ; le superbe Diable créé par Rob Bottin est transformé en drag-queen de discothèque, avec ajouts de cornes et d’yeux verts et rose fluo (la copie française a miraculeusement échappé à ce massacre). Terrassé, le grand Ridley Scott finit par mourir et des savants fous le remplacent par son clone raté qui sévit encore de nos jours.


Pendant ce temps, en Europe, merci à Dino De Laurentiis, c’est la fête de la choucroute. Chaque semaine voit débarquer son héros affublé d’un slip en peau d’ours, jouant de l’épée dans un terrain vague de la banlieue milanaise ou sur une colline près de Munich, et zyeutant les nénés de donzelles rebondies couvertes de peaux de chèvres. Si vous êtes un vicieux du video-club, alors vous avez déjà du croiser ces produits frelatés que sont Ator, Dar l’Invincible, La Reine des Barbares, L’Epée Sauvage, Hawk the Slayer, Les Nouveaux Barbares, Les Barbarians, et autres bodybuilderies glauques germano-ritales.

Portée par trop peu d’artistes, l’Heroic Fantasy va à l’époque finir par mourir de l’opportunisme de financiers qui n’y comprennent rien, la conçoivent au choix comme un spectacle pour miards, pour ados décérébrés fans de hard-rock FM, comme des productions cheap ne nécessitant que du matériel de récupération et deux-trois cabanes en bois, et réservé à des acteurs de douzième zone. Comment alors leur faire comprendre que le genre est avant tout précieux, héritier d’une antique tradition littéraire, qu’il nécessite des moyens démesurés (reconstruire tout un univers à partir de rien) et des comédiens à la limite shakespeariens qui puissent suspendre notre incrédulité ?



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