Les Frères Wachowski reviennent avec
Speed Racer qui divise d'ores et déjà. Il y a ceux qui adorent, y voient le prolongement de
Matrix dans leur œuvre : c'est à dire l'avènement d'un cinéma riche de nouvelles références et de nouveaux codes de mise en scène, empruntés aux mangas, aux jeux vidéos. Mais l'évolution de la fratrie vers la surenchère irréaliste, psychédélique et numérique peut rebuter, comme des effets spéciaux poussés à un degré extrême et d'un goût finalement assez douteux (les couleurs criardes, les prouesses techniques voilant une certaine vacuité scénaristique). Bref
Speed Racer a soulevé outre atlantique pas mal de perplexité qui se soldèrent par un bilan assez mitigé.
Pourtant, l'arrivée des frères Wachowski demeure un événement dans le cinéma contemporain. Ils accouchèrent d'une oeuvre fondamentale, à une époque où le septième art se découvrait une audace narrative et de nouveaux horizons (qui trouvaient également une belle représentation avec le
Fight Club de Fincher). On avait le sentiment enivrant, de sortir des traditions, d'exploser un carcan formel et conventionnel avec le premier
Matrix en 1999, qui fila au passage un méchant coup de vieux à Maître Lucas et à sa nouvelle trilogie (dont le premier volet sortait à la même époque). Grâce à une utilisation inédite et décomplexée des effets spéciaux, les cinéastes créaient une nouvelle mythologie aux enjeux extrêmement ambitieux.
Mais
Matrix n'était pas le coup d'essai des frères. Ils ont d'abord signé le scénario d'
Assassins de Richard Donner avec Sylvester Stallone et Antonio Banderas.
Bound fut leur première réalisation. C'était un très beau film noir concentré et torride. On a pu le réduire à tort à son duo saphique, troublant, électrique et sensuel. En 1996, Larry et Andy livraient ce diamant noir, brillant par son audace, sa sobriété, son ambiance de huis-clos intense et claustrophobe. Lorsque les deux amantes veulent doubler le compagnon mafieux de l'une d'entre elles (Joe Pantoliano sous pression) pour s'enfuir avec sa mallette contenant deux millions de dollars, on passe de la sensualité à fleur de peau à une violence toute aussi charnelle, d'une grande intensité. On est ici proches des corps, des visages, des sensations, dans des cadres resserrés et étudiés, précis et sans esbroufe, ou chaque effet de style se justifie. La tension est constante, glauque, excitante, violente.

On ne retrouve qu'assez peu cette économie de moyens dans la suite de leur oeuvre. Leur approche est déjà extrêmement graphique, marquée par des scènes magistrales (le jeu avec le sang dans la lunette des toilettes, le son assourdi par les cloisons, la chute de l'affreux que la caméra accompagne à la toute fin du film).
Bound est assurément une pièce maitresse du cinéma américain des quinze dernières années. Erotique et violent, il était en tout cas un début fracassant.