Speed Racer marque le grand retour des frères derrière la caméra pour un film extrêmement stylisé et dominé par une esthétique très particulière. On mise sur la fidélité absolue et presque naïve à la série originelle. On retrouve également l'omniprésence des effets spéciaux comme fondement d'un style, plus que jamais proche du jeu vidéo (Cela rappelle
Wipeout et ses courses survoltées). Au milieu de cette débauche de couleurs criardes, de ce goût pour des séquences à émotions fortes, on peut craindre qu'ils perdent un peu de leur raffinement, de la tension noire et sensuelle de
Bound, de la réflexion profonde qui était le coeur du premier
Matrix.
Il y a une volonté de prouesse chez ces metteurs en scène, voulant composer des images jamais vues. L'utilisation incroyable de l'effet « bullet time » en était déjà le témoignage dans
Matrix. Cela devenait un élément incontournable du récit (et qui fut repris avec bonheur dans la série vidéoludique des
Max Payne). Ils sont des fans insatiables, assumant leurs admirations, utilisant leurs références protéiformes pour fonder leur style (ce qui les rapproche de Quentin Tarantino). Mais ce qui fait véritablement leur grandeur, c'est leur capacité à livrer des oeuvres à différents niveaux de lectures.
Speed racer semble hélas assez littéral et dénué de la profondeur narrative qui le distinguerait. Quelque chose de l'intelligence des origines s'est perdue au milieu des écrans bleus et des effets spéciaux à vous décrocher la mâchoire ou à vous rendre épileptique.
Les Wachowski ont été une contribution majeure dans le cinéma américain de ces dernières années. Leur audace et leur inventivité en ont bouleversé les codes. Assez proches du George Lucas des débuts dans l'audace de leur ton et leur manière d'utiliser leurs influences pour en faire des concepts révolutionnaires, il est à craindre qu'ils suivent la même trajectoire. Rappelons que le réalisateur de la nouvelle trilogie
Star Wars numériquement clinquante était celui qui trente ans auparavant réalisait
THX 1138. L'analogie donne à penser quand on contemple le fossé qui sépare Bound ou le premier
Matrix, oeuvres intègres et exigeantes, du tout nouveau
Speed Racer qui apparaît au mieux comme un beau moment de fun. Le cinéma des Wachowski est multiple, riche de captivantes références. Il est certes plein de morceaux de bravoure et d'effets spéciaux hypnotiques, mais il ne faudrait pas le réduire à cela.