Par La REDACTION - 04 février 2010 - 0 commentaire(s)

Au départ, il y a des producteurs américains inspirés par des rites vaudous pratiqués en Haïti.
Des années avant Le retour des morts-vivants, de George A. Romero, le premier zombie au cinéma est redevable à White Zombie (1932), dont le simple titre suffit à marquer la volonté de délocaliser cette culture pour la rendre universelle - bien que l'intrigue se déroule en Haïti. Le zombie est une femme ni morte ni vivante, convoitée par Bela Lugosi. Plus de trente ans plus tard, le zombie naît de radiations, déambule comme un pantin désarticulé et possède un sévère penchant pour la chaire vivante. Le cannibalisme devient une des caractéristiques fondamentales, ainsi que la contamination par la morsure. Depuis, le zombie est devenu une figure emblématique de l'horreur et du fantastique au même titre que le loup-garou ou le vampire. A l'occasion de la sortie de La Horde, qui se revendique comme "le premier film de zombie made in France", retour sur un phénomène toujours aussi vivace dans le cinéma actuel. 
 
Carnival of souls (1962, Herk Hervey) / LE FILM DE ZOMBIE SANS ZOMBIE
De La Nuit des Morts-Vivants de George Romero à Alice ou la dernière fugue de Claude Chabrol, il est hallucinant de constater à quel point ce petit bout de pellicule que certains ont pensé inoffensif (complètement rejeté par Hollywood) a pu servir de modèle aux cinéastes du monde entier, toutes époques confondues. Pour Chabrol, cela reste à prouver même si son film - qu'il considère comme un nanar (mais un nanar sympathiquement abscons donc pas foncièrement mauvais) - n'est rien de moins qu'un plagiat. Le plus souvent pointé du doigt sera Sixième Sens, "film-phénomène" de M. Night Shyamalan qui avait tenté de faire une photocopie moderne avec Bruce Willis à l'affiche, une économie d'effets spéciaux et une virtuosité formelle ostentatoire. Au moins, ces déclinaisons plus ou moins heureuses avaient le mérite de confirmer qu'en matière de fantastique le meilleur reste à puiser aux racines du genre. Carnival of Souls reste une fiction intemporelle qui gagne en profondeur au fil des années, tant le style sied pour retranscrire cette atmosphère étrange et funèbre. 

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La Nuit des morts-vivants (1968, George A. Romero) / LE ZOMBIE N'EST PAS NOIR
Bien sûr, le premier film de George Romero est très important dans l'histoire du septième art. La résonance prise par le film sous le spectre de la guerre du Viêt-Nam ne saurait être remise en question. Mais ne nous voilons pas la face:  si La Nuit des Morts-Vivants a atteint la notoriété qui est sienne aujourd'hui, c'est aussi et avant tout grâce à ses scènes gores, qui à l'époque étaient encore très rares au cinéma. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la scène de la mort de Tom et Judy nous en donne notre comptant. Dans une tentative proche du désespoir de faire le plein à la pompe à essence toute proche de la maison où ils se sont retranchés, le couple accompagné de Ben effectue une sortie et la jeune femme prend le volant de leur voiture. Mais sous la confusion, de l'essence est répandue, elle prend feu au contact d'une torche, et la voiture se met à brûler. Tom et Judy l'éloignent de la pompe tandis que Ben tente de juguler l'incendie. Alors que le couple s'apprête à quitter la voiture, celle-ci explose, les tuant sur le coup. Et ruinant les chances de fuite pour les survivants. Pour une fois dans un film, une action héroïque n'est pas couronnée de succès. Mais alors que le spectateur se remet du choc, Romero nous assène le coup de grâce : les morts-vivants s'abattent sur les cadavres et entreprennent de les dévorer. Rien ou presque ne nous est épargné : les os sont rongés, les zombies se disputent les intestins, la chaire crue est ingurgitée avec force bruitages... le débordement de tripaille n'a pas grand-chose à envier aux futurs errements transalpins du genre, en technicolor ceux-là. Le choc est consommé, une légende est née. 
 
Zombie (1978, George A. Romero) / LE ZOMBIE FAIT DU SHOPPING
Difficile d'isoler une scène culte dans un film dont la particularité est de les aligner avec une constance métronomique. Toutefois, si l'on fouille dans notre mémoire pour en revenir à notre première rencontre avec cet électrochoc sur celluloïd, une scène est peut-être un peu plus prégnante que les autres : c'est la première où les zombies apparaissent, tout simplement.
C'est bien simple : on n'avait jamais vu ça. Et tout ce qui a fait de Dawn of the Dead / Zombie un film célèbre est là, présent à l'écran. Les maquillages sépulcraux et gentiment datés de Tom Savini, bien sûr, mais aussi les bidasses bas du front qui tirent à tort et à travers, les leaders à sang froid, les scènes d'action chorégraphiées et montées à la perfection, les headshots (dont le premier façon Scanners, sublime et traumatisant), les plans gores estampillés "cannibalisme", qui renvoient dans les cordes la concurrence passée et parfois à venir... jusqu'à une conclusion en forme de requiem, où un prêtre unijambiste nous mène dans l'antichambre de l'Enfer. Une cave, en l'occurrence, où les habitants ont entassé tout ce que l'immeuble comptait de mangeurs de steaks tartares, les laissant pourrir et se repaître les uns des autres. Parfois, même, avec un simulacre de sépulture. La seule option qui s'ouvre aux "Bleus" ? Faire preuve de miséricorde, en les achevant un par un. En prenant le risque, à chaque pression de la détente, de basculer eux-mêmes dans la folie et la damnation. Le film n'a pas commencé depuis vingt minutes, et l'on a déjà dépassé en intensité la scène finale de bien des pellicules du genre. Pas de doute, l'Enfer est ici, et Romero est son Saint-Pierre.
 
L'Enfer des zombies (1979, Lucio Fulci) / LE ZOMBIE SE FIGHTE AVEC UN REQUIN !
Il était écrit qu'une des scènes de cascades les plus hallucinantes et décomplexées de la décennie 70 verrait le jour dans un film de zombies italien. Et en termes de pétage de plombs et de redéfinition des standards d'un gore "acceptable" et "crédible", le métrage de Lucio L'Au-delà Fulci se pose là. Vers grouillant à même les plaies, énucléation en gros plan (une scène longtemps invisible en France), morts-vivants putréfiés et nauséeux, à cent lieues des macchabées tout frais des films de Romero... Tout contribue à faire de L'Enfer des Zombies une expérience hors-normes que tout amateur du genre se doit de visionner au moins une fois. Mais s'il y a une scène qui se démarque de ce tour de montagnes russes macabre, c'est bien celle, réalisée sans trucages optiques, du combat entre un requin et un zombie. Notre bout de barbaque, qui s'était sans doute éloigné de l'île pour piquer une tête, va occasionner une première frayeur à Auretta Gay, qui a mal choisi son moment pour faire de la plongée topless. Celle-ci partie, c'est avec un menaçant requin d'un bon mètre cinquante que notre zombie aura maille à partir. Le mano a nagoire qui va suivre vaut son pesant de cacahuètes. Le zombie - ou devrait-on dire le plongeur qui l'incarne, en apnée et recouvert d'un épais maquillage - le saisit à pleines mains et le malmène de longues secondes. D'autant plus impressionnant que la mâchoire du squale n'est jamais très loin. Le mort-vivant va aller jusqu'à goûter une bouchée de notre poisson (hors-champ, tout de même), avant enfin de se faire emporter un bras dans la bataille. Alors, comment filme-t-on un pareil combat sans tuer plusieurs plongeurs différents ? C'est là qu'est la beauté de la chose, car la légende prend le pas sur la réalité et les versions divergent. Pour une partie de l'équipe, le requin était drogué à mort, voire battu avant les prises, pour le rendre plus placide et moins combatif. Pour d'autres, le secret tient à une particularité du lieu où a été tournée la scène (Isla de Mujeres, au Mexique) : les grottes sous-marines qui l'entourent sont très riches en oxygène et les requins viennent en nombre pour s'y reposer. Ils seraient donc plus "malléables". En tous les cas, le résultat est là et bien là. Une scène à savourer d'autant plus qu'elle serait sans doute impossible à reproduire aujourd'hui pour d'évidentes raisons de protection de la faune marine.  

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Le Retour des morts-vivants (1984, Dan O'Bannon) / LE ZOMBIE EST FATIGUE
La principale qualité du film de Dan O'Bannon, parmi tant d'autres, est certainement la façon très originale dont le réalisateur / scénariste a adapté et modifié à sa convenance les règles tacites du film de zombies, et particulièrement tout ce qui touche aux créatures elles-mêmes. De fait, son film en retient un statut unique dans le genre qui nous intéresse. Ainsi, depuis 18 ans, l'on nous martelait qu'il suffisait de détruire le cerveau d'un mort-vivant pour s'en débarrasser. Les personnages du film citent d'ailleurs nommément le chef-d'œuvre de Romero pour justifier leur théorie. Mais Dan O'Bannon ne mange pas de ce pain là : ses zombies continuent de se balader, de gigoter et d'en vouloir à leur prochain, même démembrés et privés de leur tête. N'en étant pas à un sacrilège près, le facétieux co-auteur du script d'Alien se permet en outre de les faire cavaler (presque 20 ans avant 28 jours plus tard), mais aussi raisonner, utiliser des outils, et même parler ! Une perte de repères ô combien salutaire pour l'amateur de gore blasé et conditionné par des dizaines d'heures de zombies systématiquement lents et fragiles du ciboulot. La surprise éprouvée par le spectateur n'a en tout cas d'égal que le désarroi et l'impuissance des héros du film, quand ils se voient confrontés à leur premier mort-vivant (un candidat destiné aux écoles de médecine, entreposé dans une chambre froide). Après une âpre lutte, nos trois quidams entreprennent de transpercer le crâne du défunt, puis de lui scier la tête... le tout sans résultat ! Ce qui donne lieu à un des dialogues les plus drôles et décalés du film...
 
Simetierre (1989, Mary Lambert) / LE ZOMBIE A LES YEUX LUMINEUX
L'un des récits les plus malsains du Maître de l'épouvante devient, en 1989, cette très digne adaptation cinématographique ayant su marquer les esprits de toute une génération, sous la houlette aussi sombre que sobre de la, jusqu'ici, quasi inconnue Mary Lambert... En signant lui-même le scénario, Stephen King parvient à instaurer un climat délicieusement « glauquissime » à cette fable morbide où l'innocence devient impunément la plus implacable des ressources horrifiques en poussant le dévoué Louis Creed (interprété par le tout aussi peu connu Dale Midkiff) à ressusciter successivement son chat, son jeune fils et sa femme grâce au pouvoir macabre d'un vieux cimetière abandonné. Trois êtres aimés qui reviennent inévitablement transformés par leur court passage dans l'au-delà et dont la cruauté nouvelle, agrémentée d'une certaine soif de sang, offre quelques excellents passages d'une violence, certes, aujourd'hui visuellement quelque peu dépassée mais toujours aussi amère et efficace.
 
Braindead (1992, Peter Jackson) / LE ZOMBIE BOUFFE DU CURE ET AIME LES BEBES.
La légende dit que Braindead est le film le plus gore de toute l'histoire du cinéma. C'est sans doute vrai, vu les hectolitres d'hémoglobine déversés par et sur les protagonistes. A l'origine, il y a le rat singe du Sumatra, créature hybride qui n'aurait jamais dû quitter ses terres. Enfermé dans un zoo, l'animal parvient à mordre la maman de Lionel Cosgrove à travers les barreaux. La vieille peau a la dent dure et quand elle revient à la vie, c'est sous la forme d'un zombie très agressif. S'ensuit une série de morsures, de tripes à l'air, d'arrachement de la colonne vertébrale et d'un bambin mutant qui vous saute au visage pour vous mastiquer. Le virus se propage à grande vitesse, la chair se décompose et les victimes crient alors qu'elles n'ont plus de larynx. Braindead est aussi l'occasion unique de voir comment un fils introverti et minoré par sa mère se délivre de cette dernière en l'atomisant de l'intérieur. Une belle preuve d'amour. 
  

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Dellamote Dellamore (1995, Michele Soavi) / LE ZOMBIE FAIT L'AMOUR, PARTOUT.
Pinacle du cinéma fantastique italien, en même temps que son probable chant du cygne, Dellamorte Dellamore fait partie de ces joyaux méconnus chéris par les cinéphiles. Film fantastique « à l'italienne », c'est-à-dire baroque, puissamment érotique, et sous influence des maîtres Bava et Argento, le chef d'œuvre de Michele Soavi (revenu d'entre les morts quinze ans plus tard, avec un autre bijou, Arrivederci amore ciao) iconise un héros, Francesco Dellamorte, « qui n'a pas de temps pour les vivants ». Normal : ce gardien de cimetière passe ses nuits à renvoyer des morts récalcitrants dans leur tombe, avec le flegme et l'ironie propre à Dylan Dog, inspiration logique du personnage (c'est le même auteur, et ce héros de BD a les traits de l'acteur Rupert Everett). Jouant sur les ruptures de ton, les envolées oniriques, comiques ou existentialistes, Dellamorte Dellamore est, dans tous les sens du terme (voyez le film pour comprendre) un film-monde, qui dépasse de loin son statut de « zombie-flick » pour atteindre celui de classique intemporel.
 
Shaun of the dead (2004, Edgar Wright) / LE ZOMBIE JOUE A LA PS
C'est en 2004, soit deux ans après la sortie du brillant 28 jours plus tard, que sort cette parodie de Zombie Movie qu'est Shaun of the Dead, habile mélange de genres (comédie romantique et film de zombie) par l'équipe responsable de la délirante série anglaise Spaced. J'ai nommé Simon Pegg, acteur et scénariste et Edgar Wright, scénariste et réalisateur. On peut aussi citer Nick Frost, le second couteau le plus hilarant du cinéma anglais contemporain. Shaun doit jouer sur plusieurs tableaux : se remettre avec sa petite amie, se réconcilier avec sa mère et combattre des zombies avec n'importe quel objet lui tombant sous la main, aidé dans cette tâche par son pote un rien idiot. Ce qui fonctionne à plein régime dans ce film c'est la brillante adéquation des genres car aucun d'entre eux n'est inexploité. Simon Pegg nous file autant les larmes lorsqu'une personne lui étant chère décède, qu'il nous fait hurler de rire par son personnage de looser devenant un héros malgré lui. Shaun of the Dead (avec Bienvenue à Zombieland, son cousin américain) représente ce qui ce fait de mieux dans le genre.
 
28 semaines plus tard (2007, Juan Carlos Fresnadillo) / LE ZOMBIE EMBRASSE TROP ET MAL ETREINT
Pour la suite de son excellent 28 jours plus tard, Danny Boyle a eu la bonne idée d'opérer en tant que co-producteur et de céder sa place à l'Espagnol Juan Carlos Fresnadillo, auteur du très estimable Intacto. Les deux épisodes se complètent idéalement par des styles visuels, des enjeux dramatiques et des préoccupations sociopolitiques dissemblables. Ironiquement, l'Espagnol souligne sa nationalité importée à travers les enfants d'un couple anglais qui reviennent sains et saufs d'un long périple ibérique. Certaines figures de style sont identifiables : le monologue du père incarné par Robert Carlyle tiraillé entre des sentiments ambivalents (amour pour ses enfants, culpabilité par rapport à sa femme, haine pour son égoïsme couard) évoque celui de Max Von Sydow sur la chance dans Intacto. Derrière le metteur en scène doué, se cache une plume de talent qui plébiscite le mélange des genres. La substance de son premier long-métrage était suffisamment intrigante pour tenir de différents genres (mélo, fantastique, thriller). Il applique la même recette dans 28 semaines plus tard en plaquant des effets horrifiques plus ou moins inédits comme l'alternance de silences avec des mouvements brusques de panique. En faisant fi de toute obligation et en allant au bout de ses propres envies, Fresnadillo, qui n'a rien du yes-man opportuniste, a su transcender toutes les attentes pour imposer ses propres règles audacieuses. Inutile par exemple de s'attacher à un héros, ce qui n'est pas si fréquent dans le genre. Par la grâce de son talent, il signe la vraie claque de la rentrée qui non contente de foudroyer nos viscères pendant une bonne heure et demie, a l'impolitesse de ne pas répondre à deux trois questions louches. D'ailleurs, la conclusion est suffisamment ambiguë pour ne pas frustrer ceux qui avaient été déçus par celle du premier volet sans même zieuter la scène finale alternative disponible sur le DVD. Incidemment, elle laisse entrevoir un nouvel épisode. S'il est du niveau des deux premiers, l'ensemble devrait constituer une trilogie exceptionnelle. 


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