LE ZOMBIE FAIT SON COMING-OUT
Otto; or up with dead people, l'avant-dernier long-métrage de Bruce LaBruce, retrace le parcours d'un pauvre zombie qui au gré de ses rencontres finit par croiser le chemin d'une réalisatrice à la recherche de la nouvelle star pour jouer dans un film de zombie porno. A travers cet argument, Bruce La Bruce utilise un principe toujours aussi vivace, proche de Moi, Zombie, chronique d'une douleur d'Andrew Parkinson : montrer ce que l'on ne montre jamais dans les films de zombie et transformer ce qui appartient au film de genre en vrai film punk sans compromission. Le résultat tient à la fois de la réflexion philosophique, de la parodie underground, de la satire sociale, de la quête identitaire et de la pornographie fantastique. Avec ce film-somme mû par la poésie accidentelle, Bruce LaBruce rappelle qu'il n'a pas oublié que le bon goût reste l'ennemi de la créativité. D'ailleurs, il a réalisé l'été dernier un nouveau film de zombie : L.A. Zombie, qui est présenté comme une suite ironique de Hustler White, avec dans le rôle principal l'acteur venu du X, François Sagat.

BRUCE LABRUCE PAR FRANCE DE GRIESSEN
Bruce LaBruce continue de travailler le corpus zombie dans le clip de France de Griessen, dont la chanson "I want to be you" figure au générique de son prochain film L. A. Zombie. Récit d'un coup de foudre artistique par l'artiste.
Comment avez-vous découvert l'univers de Bruce LaBruce ?
J'ai découvert l'univers de Bruce LaBruce en visionnant Hustler White. J'ai trouvé que ce qu'il faisait ne ressemblait à rien d'autre d'existant et rassemblait des éléments que l'on pourrait croire contradictoires : à la fois trash, « jouissivement » provocateur, et en même temps romantique, émouvant, sensuel, avec un humour déconcertant, une élégance incroyable dans le fond comme dans la forme. Pour moi, un coup de foudre artistique immense et déterminant : issue de la culture underground, je suis profondément attachée à l'idée que l'artiste n'a pas à être dans le lieu commun, et on peut dire que Bruce LaBruce en est à des kilomètres ! Non seulement il à une grande maîtrise des couleurs, de l'utilisation de la lumière naturelle, des différents effets et moyens que l'on peut utiliser pour modifier l'image, mais en plus son propos me touche énormément : c'est la voix des misfits, des lost boys, des excentriques. J'adore cette scène d'Otto où le personnage de Medea lui dit "Raise your hand for the misfits !". Dans ses films l'empathie est pour le zombie, l'original, pour celui qui serait censé selon la culture populaire être le mauvais, et faire l'objet de rejets continuels par la société... Je ne pouvais qu'être séduite par son cinéma : n'ayant pas eu une adolescence très... "calme", je trouvais le réconfort dans la musique, les films, les livres, les photographies de la culture underground, qui représentaient avec amour et flamboyance des individus hors norme. Le premier film dans cette veine que j'ai vu était Hairspray de John Waters...Je l'ai emprunté dans un vidéoclub à Philadelphie, et je l'ai regardé en boucle, huit fois de suite ! Chez John Waters comme chez Bruce LaBruce, il y à un côté Hollywood retro, glamour, mais appliqué à des personnages inattendus, qui viennent remplacer les traditionnels "jeunes premiers", ce qui à mon goût donne des personnages excitants à regarder ! Dans le travail de Bruce, le sexe et le plaisir sont souvent associés au danger, et les intrigues soulignent à quel point le manque de liberté sexuelle est la face cachée de l'iceberg quant au manque de liberté individuelle au sein d'une société bien policée, que ce soit par la religion, la politique, les conventions sociales des individus...
