Le cinéma a constamment puisé son inspiration dans l'histoire. L'esprit peut de ces oeuvres peut être parfois clairement didactique et pédagogique: raconter la vie d'un illustre personnage. Mais, il s'est agi surtout d'établir un genre de cinéma, rendre l'ambiance de l'antiquité ou bien celle de cours peuplées de femmes aux belles toilettes, des hommes poudrés jusqu'à la pointe de la perruque, recréer précisément les us et coutumes d'un temps, lointain et très codifié, s'en servir simplement de cadre pour imposer un style, une autre manière de raconter l'Histoire. Dans Agora (sortie le 6 janvier), tel est précisément le projet de Alejandro Amenabar: revisiter une période troublée de l'histoire (celle où l'Empire Romain se heurtaient aux révoltes chrétiennes) et raconter le destin d'une femme-philosophe (Rachel Weisz) qui tente de protéger la mythique bibliothèque d'Alexandrie.
Ceci n'est donc pas un catalogue exhaustif et fastidieux de tous les films historiques et autres reconstitutions, ça serait vain et surtout interminable. Mais il y aura quelques uns de ces moments où l'intensité d'une époque et de ses coutumes disparues, ses grandes figures se sont muées en grands moments de cinéma (grâce à la mise en scène, la minutie de le reconstitution, la précision du scénario, la présence des acteurs ou dans certains cas tout cela ensemble). Il s'agit surtout de montrer à quel point cela dépasse la précision du décor, des costumes, et permet de s'immerger avec intensité dans cette histoire dont nous avions tous une perception aride et sans âme sur les bancs de l'école, à réciter d'une voix lasse et atone des dates qui ne signifiaient rien. Le cinéma leur donne chair et profondeur, les rend proches, efface la patine du temps et rend leur liberté de mouvement, leur chaleur, leur existence complexe aux icônes figées bien à l'abri dans nos musées.

