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Les Journalistes Au Cinema [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 05 novembre 2008 à 11h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h18 - 0 commentaire(s)
Dans Mensonges d'Etat de Ridley Scott (sortie le 5 novembre), un ancien journaliste (Leonardo DiCaprio) devenu un agent aguerri de la CIA va mener une dangereuse mission à la poursuite d'un terroriste. Le journaliste a souvent servi de personnage au cinéma. Il apporte avec lui un contexte fort.
L'une des oeuvres considérée par beaucoup comme la référence absolue, Citizen Kane d'Orson Welles, se sert déjà de cela en 1941. Charles Foster Kane hérite d'une fortune et décide de la consacrer à ériger un empire de presse. Il est d'abord un jeune journaliste passionné et intègre qui, peu à peu, va se laisser corrompre par l'ivresse de la puissance et manipuler l'information à son propre profit. Le motif reviendra d'ailleurs souvent. Il connaîtra la solitude des gens de pouvoir qui trahissent leurs idéaux et entretiennent autour d'eux une foule de courtisans qui profitent de leurs largesses. Le personnage est mythique, inspiré du nabab de la presse, le tout puissant William Randolph Hearst.



Sur un mode plus léger, Howard Hawks a réalisé au même moment la Dame du vendredi, comédie satirique avec Cary Grant, qui dénonce les usages des journaux à scandales et le cynisme de ceux qui y collaborent. Le débit des acteurs et leur vivacité dans ce film sont devenus légendaires (une énergie et un réalisme dans les échanges que quelqu'un comme Clint Eastwood continue de citer en exemple).
Le journaliste devient avant tout caractérisé par son énergie et sa ténacité, sa roublardise également, comme dans Vacances romaines de Wiliam Wyler en 1953 où Gregory Peck cherche à décrocher un scoop lorsqu'il rencontre la princesse Audrey Hepburn ivre et l'entraîne avec lui dans une folle escapade (tombant bien-sûr sous son charme). En 1960, Marcello Mastroianni dans la Dolce Vita de Fellini est un chroniqueur qui écume les lieux que les célébrités fréquentent pour alimenter ses articles. Il suit la somptueuse starlette incarnée par Anita Ekberg (« Marcello... come here ! ») et tente de garder le rythme de la déesse et de suivre son train de vie effréné. Pour la première fois, on entend le mot « paparazzi » et le chef d'oeuvre annonce les dérives et les fascinations malsaines de la presse people.

Avec Shock Corridor, Samuel Fuller réalise en 1963 un film très dérangeant qui montrait jusqu'à quel point un journaliste est prêt à aller pour décrocher le prix Pulitzer. Il se fait interner dans un asile pour faire la lumière sur un meurtre. Mais au fur et à mesure que son enquête avance, le plan qu'il a ourdi pour mener ses recherches se retourne contre lui. Il n'a plus aucun moyen de sortir de ce lieu et prouver sa véritable identité. Profession : reporter d'Antonioni offre en 1975 l'un de ses plus beaux rôles à Jack Nicholson. Il est un reporter qui usurpe l'identité d'un mort pour reprendre goût à la vie. L'oeuvre est sombre, hantée par la mort et la désillusion, il tente de fuir l'ennui mais ne peut se fuir lui-même. Le journaliste devient avec lui un personnage troublant, en quête perpétuelle de ce qui l'accrocherait à l'existence. Nicholson est dans une quête existentielle désespérée. Le journaliste devient ici le symbole d'une condition métaphysique, celle d'un spectateur et témoin mélancolique d'une réalité insaisissable par essence.



Le second film qui vient en tête -après Citizen Kane- lorsqu'on évoque les journalistes au cinéma est l'indispensable Les Hommes du Président d'Alan J. Pakula. Avant tout parce qu'il est celui qui montre le plus minutieusement comment se déroule une investigation journalistique, la recherche des sources, les références nécessaires pour écrire un article et mener une enquête. Il est surtout porté par le duo exemplaire formé par l'énergique Dustin Hoffman et le sobre Robert Redford. Le contraste entre eux fonctionne à merveille. Le récit est extrêmement minutieux, l'enquête est complexe et on pourrait se perdre dans les méandres de cette affaire du Watergate. Mais la manière dont ils incarnent Bob Woodward et Carl Bernstein porte littéralement l'ensemble et capte l'attention du spectateur.


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