Stupide, drôle, gore, machiavélique, touchante... la mort d'un personnage peut revêtir bien des aspects au cinéma. Ce qui est sûr, c'est que pour marquer les esprits, il faut savoir réussir la mise à mort, quelque soit le ton donné à la scène. Certains sont d'ailleurs passés maîtres en la matière. Nos rédacteurs ne font pas de pitié et reviennent sur leurs morts préférées vues sur grand écran...
PULP FICTIONLes derniers moments de Vincent Vega sont d'une tragique absurdité. Cela commençait pourtant bien à disserter sur les hamburgers et les massages de pieds avec son ami, avant d'aller régler le compte de pauvres bougres qui avait floué Marsellus Wallace, leur seigneur et maître. Rien de bien extraordinaire. Mais la route est pleine de cahots, et Vincent explose la tête d'un rescapé de ce contrat, maculant la voiture de sang et de cervelle. Il est obligé de la nettoyer chez un caféïnomane stressé par le retour imminent de sa petite amie Bonnie. Nettoyé au jet par un Harvey Keitel hilare et obligé de s'affubler de fringues ridicules, Vincent et son compère reprennent leur route pour un petit-déjeuner bien mérité. Médusé il découvre que son ami a découvert la foi puis ils échappent à un hold up dans le restaurant. Ils reviennent penauds chez Marsellus qui veut que Vincent tienne compagnie à sa femme dans la soirée. Cela débute bien dans un resto sympa, Vincent goûte un excellent Milkshake et danse, puis a des pensées impures sur la jeune femme qui, à cause de sa trop forte tendance à se poudrer le nez, fait une overdose. Vincent la tire d'affaire en lui enfonçant une seringue géante dans le coeur. Sa triste destinée s'achève dramatiquement lorsqu'il attend Butch, un boxeur qui a arnaqué Marcellus. Il est surpris sur les tinettes à lire une bande dessinée, alors qu'il avait négligemment laissé traîner son gros flingue dans l'évier de la cuisine. Il est assassiné dans la position la moins héroïque qui soit.
L'histoire de Vincent Vega est en vérité bien triste, dérisoire, pleine de cette mélancolie hébétée qu'exprime le regard de Travolta. Il est un balourd à l'allure cool mais dénué de grandeur. Il meurt comme il aura vécu. Souvent, Tarantino est cruel dans la mort (la fin infamante qu'il donne à Budd (Michael Madsen dans
Kill Bill: volume 2). Alors, un mauvais esprit peut en rire, considérant la vanité absolue de toute vie sur terre. Et comme le cinéaste ne s'adresse qu'aux garnements et aux mauvais sujets, c'est même celui qui rit aura tout compris. D'autres malheureux seront à jamais hermétiques à ce second degré divin et pointeront la violence de l'ensemble.
MULHOLLAND DRIVEY a t'il plus pathétique qu'un tueur à gages victime de malheureux coups du sort, obligé d'assassiner presque contre son gré ? Tout s'annonce pourtant bien. L'assassin se présente devant le producteur hilare et rit de ses blagues. Il lui tire une balle dans la tête, propre, net, vite réglé. Seulement la balle susdite a traversé la mince cloison du bureau et on entend le hurlement guttural d'une femme obèse qui s'exclame, cramoisie devant le tueur penaud : « quelque chose m'a mordu fort ». Que voulez vous qu'il fit ? Qu'il la tue. Il s'avance pour l'étrangler d'une main sûre. Seulement, la victime est réticente et vend chèrement sa peau. De haute lutte, il parvient à ses fins. Il tente de parfaire la scène du crime en armant sa première victime pour faire croire qu'il a tiré sur cette femme. Cerise sur le gâteau : il tire sur un aspirateur qui se trouvait là pour parachever son oeuvre. Mais le mieux est ennemi du bien. Celui-ci explose, déclenchant l'alarme du détecteur de fumée. Le tueur aperçoit l'agent d'entretien pétrifié qui le fixe, mais n'a plus le coeur à s'attarder sur la scène de ses crimes. Il s'enfuit par la fenêtre. Il y a des jours comme ça... Lynch dans cette séquence absurde, pleine d'un humour noir rare et d'une accumulation rocambolesque, se laisse aller à une fantaisie mordante et délicieusement irrespectueuse. Dans ce patchwork qu'est
Mulholland drive, voici un moment qui ressemble à un sketch, à la simplicité d'un film muet avec cette surenchère typique des gags qui vont crescendo, un enchaînement burlesque finalement assez classique et irrésistiblement drôle (pour peu qu'on ait l'esprit malade).