Par - publié le 14 novembre 2007 à 14h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h27 - 0 commentaire(s)
Avec Le Direktør, Lars Von Trier fomente un film provocateur et féroce qui se déroule dans le petit monde de l’entreprise, bouleversé par un simulacre tordu, où les employés deviennent des rats de laboratoire consentants. Une expérience dont cet artiste méchamment drôle et drôlement méchant a le secret depuis longtemps.



Depuis ses débuts, Lars Von Trier, artiste inclassable et passionnant, aime enchâsser projets ambitieux et expériences singulières (Epidemic entre Element of Crime et Europa, Les idiots entre Breaking the Waves et Dancer in the dark, The five Obstructions entre Dogville et Manderlay, ce Direktør entre Manderlay et Washington). Le Direktør, plongée dans le monde pas tendre (et donc vachement idéal pour notre ami) de l’entreprise, démontre qu’il n’en a guère perdu l’habitude : le film, minuscule, a été réalisé en un laps de temps réduit en plein pendant sa trilogie américaine regroupant Dogville, Manderlay et prochainement Washington. Le réalisateur avait d’ailleurs choisi cette option entre les tournages – on l’imagine, terrassants – de Dogville et Manderlay en expérimentant Five Obstructions.

Un petit rappel : avec Le miroir de Tarkovski, The perfect human de Jorgen Leth est l’un des films que notre fan de Roxette phobique au dernier degré vénère le plus au monde. Comme Tarkovski n’est plus de ce monde, sa victime sera donc Jorgen Leth à qui il demande de tourner cinq remakes de ce court-métrage. Obstructions à la clé. Et déjà, loin des mélos puissance Cannes et autres histoires bouleversantes qui déchirent le cœur (Breaking the waves, son meilleur film), Five obstructions apparaissait comme une parenthèse documentaire dans la filmographie du cinéaste qui adore expérimenter et triturer les figures imposées des genres (la comédie musicale faussement optimiste et ses clichés niais retournés comme des crêpes dans le subversif Dancer in the dark).



Le Lars avait - très bonne nouvelle - décidé de se faire encore plus méchant et grinçant qu’à l’accoutumée en appliquant ses principes totalitaires sur le pauvre Jorgen Leth, puni comme Bjork de son temps, qui devait refaire cinq fois son film avec des consignes du genre strict. Le réalisateur d’Europa ayant un but secret : celui de faire de cet "homme parfait", un être banal, insignifiant. Cette expérience (parfois dérangeante) était digne d’intérêt parce qu’elle ne concernait plus deux cinéastes qui faisaient mumuse entre amis. De fil en aiguille, elle devenait une authentique leçon de cinéma qui vous faisait prendre conscience des limites à ne pas franchir. Jusqu’où peut-on aller dans la provocation ? Est-ce que, par amour de l’art, on doit oublier sa bonne conscience pour aller tourner une scène dans le lieu le plus sordide au monde ? Parallèlement, Five obstructions était doublé d’une réflexion plutôt pertinente sur le processus de création. Un peu à la manière d’Epidemic, le second long-métrage de Lars Von Trier, qui oscillait entre docu et fiction et démontrait que des éléments de la vie de tous les jours pouvaient s’intégrer dans un récit. A l’époque, on apprenait que le dessein de Lars était de faire des films qui soient aussi gênants qu’un caillou dans une chaussure. Ce film résolument ludique en était un gros. Sans doute parce qu’il n’hésitait pas à aller jusqu’au bout de son procédé, s’amusait des commandements péremptoires et of course parodiait un fameux Dogme mis en place par un certain Lars.


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