Par La Rédaction - publié le 25 février 2008 à 06h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h11 - 0 commentaire(s)
Les quelques damnés ayant malencontreusement entendu la fin du Sixième sens de M. Night Shyamalan avant de l'avoir vu connaissent pour toujours la définition du mot "spoiler". Mais cette pratique assez insupportable a le mérite de pouvoir servir d'arme ultime pour une vengeance par exemple. Juste pour vous, voici donc quelques munitions au cas où vous auriez quelques comptes à régler avec des amis cinéphiles...


L’ARMEE DES 12 SINGES
Librement adapté du roman-photo fantastique La Jetée, chef d’œuvre de Chris Marker, la fin de L’Armée des 12 Singes immortalise le rêve récurrent de James Cole (Bruce Willis). Cette dernière va faire resurgir les fragments d’une image d’enfance qui le marqua à jamais. Cette image est celle de sa propre mort. James Cole enfant se voit donc mourir adulte, le voyage dans le temps ayant permis de reconstituer ce puzzle mental. Magnifié par la musique de Paul Buckmaster, le film devient une boucle temporelle tentaculaire à laquelle le héros ne peut échapper. La toute dernière séquence montre l’une des émissaires scientifiques, qui a envoyé Cole dans le passé, faire connaissance avec le responsable de la fin du Monde. Cette femme est le dernier rempart contre le protagoniste qui va relâcher un virus mortel sur toute la planète. Ils font courtoisement connaissance et le spectateur se dit que le sacrifice de James Cole aura servi à sauver des milliards de vies. Interprétation personnelle chargée de déterminisme pessimiste : et si, au final, cette poignée de main n’était que le début d’une complicité menant la population humaine à sa perte. La mission de James Cole serait donc vouée à l’échec, pour toujours…


MEMENTO
Christopher Nolan livrait avec ce film une oeuvre absolument majeure qui l'imposa définitivement. Le film est tellement audacieux formellement et virtuose au montage, qu'il donna lieu à une édition DVD étrange, avec version « pour les nuls » où le film était remonté dans l'ordre et à l'endroit, exercice intéressant mais qui enlevait pas mal du souffle du film. Car c'était là un véritable uppercut, avec effet de « mais qu'est ce qui se passe? », « mais c'est la même scène qui recommence? », « mais comment je m'appelle déjà? ». Le tour de force est que, passée cette perplexité originelle, l'oeuvre se suit avec une délectation incroyable. On est totalement en symbiose avec ce héros amnésique (qui se sert de tatouages et de polaroïds comme pense-bête). Il veut malgré son handicap, venger la mort de sa femme. On entre totalement dans son existence parcellaire, dominés par la crainte que ceux qu'ils rencontrent ne le manipulent et profitent de sa faiblesse. On devient paranos avec lui. On le comprend totalement, le montage incite à épouser intimement son point de vue, sans aucune distance. Du coup, on réagit et on subit avec lui... On ne voit rien venir. Et à la fin, comme il est dit dans Fight club, notre cabine subit une grave dépressurisation... Notre homme n'est pas si innocent que cela (mais j'ai beaucoup de scrupules à dévoiler le twist final, si d'aventure, vous n'avez pas vu le film). Et là vous vous êtes fait roulés. Vous devez ramassez votre mâchoire. Vous venez d'assister à une véritable démonstration de cinéma et vous êtes sonnés. Assurément l'un des plus grands chocs à l'issue d'un film, à ranger aux côtés du Kayser Sözé de Usual Suspects. Parfois le cinéma vous met K.O.


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