Le Top 20 de Romain Le Vern:
1.
LA HORDE SAUVAGE de Sam Peckinpah
Peut-être l’un des meilleurs films de tous les temps. Pour cet été, c’est le film idéal: un western crépusculaire et sans concession déterminé à faire bouffer la terre, rempli de séquences anthologiques, interprété par des virtuoses et orchestré par un génie.
2.
LA SAVEUR DE LA PASTEQUE de Tsai Ming-Liang
La saveur de la pastèque reprend les thèmes majeurs de Tsai Ming-Liang, de l'importance de l'eau à la quête de l'amour en passant par la sexualité malade, la solitude urbaine et la mélancolie qui presse les âmes. Pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur unique, c’est l’occasion ou jamais.
3.
LE LOCATAIRE de Roman Polanski
Roman Polanski va plus loin que la simple déclinaison masculine de Répulsion. Avec une économie de moyens stupéfiante et une capacité à enregistrer la peur, il propose la traumatisante descente aux enfers d’un névrotique ayant vu le diable. Impossible de faire mieux.
4.
CRASH de David Cronenberg
A travers un récit d'anticipation sur les dangers de la technologie contemporaine et les effets qu'elle peut engendrer sur le corps humain, Ballard imaginait une nouvelle forme de fétichisme lié aux accidents de la route. Plus de vingt ans après, Cronenberg est resté fidèle à cette conception en représentant le plaisir, la jouissance et l'extase sexuelle à travers des tumeurs, des cicatrices et de la tôle froissée.
5.
LOST IN TRANSLATION de Sofia Coppola
Profondément aérien et romantique, Lost in Translation, seconde réussite de Sofia Coppola après le stratosphérique Virgin Suicides, est un modèle de sensibilité lunaire où deux solitudes en plein spleen ne peuvent pas se séparer l’un sans l’autre.
6.
NE VOUS RETOURNEZ PAS de Nicholas Roeg
L’un des meilleurs films fantastiques de l’histoire. De l’introduction sèche à la conclusion terrible, de la scène d’amour rédemptrice aux yeux de la médium, du montage manipulateur à la musique déchirante, de Julie Christie à Donald Sutherland, Nicolas Roeg sculpte le mouvement des âmes mortes dans les limbes de Venise.
7.
THE LOVELESS de Kathryn Bigelow
Ce premier long métrage de Kathryn Bigelow contient les promesses des Frontières de l’aube, son chef-d’œuvre, et affirme déjà l’identité esthétique d’une cinéaste fascinée par les modes viriles.
8.
LES PROIES de Don Siegel
Les proies, un conte maléfique, étrange, théâtral, atroce, beau, singulier, rigide, fiévreux et sublime où les petits chaperons rouges comme le sang sont plus forts que les grands méchants loups. C'est le genre de films où l'on ne sait pas toujours ce qui nous attend au détour du plan suivant. Toujours pour le meilleur. Un genre de film soutenu par les européens mais cordialement détesté par les américains. Un genre de film où l'on regarde les personnages vivre, s'aimer, se haïr, mourir. En les voyant s'éloigner. En retenant sa respiration. Un genre de film qui vous fend le coeur. Littéralement.
9.
EATING RAOUL de Paul Bartel
Paul Bartel a beau être le réalisateur de La course à la mort de l'an 2000 où Sylvester Stallone et David Carradine marquaient des points en écrasant le maximum de piétons, son étrange filmographie ne se résume pas qu'à ça. Le génialissime Eating Raoul, comédie érotico-macabre hédoniste et cannibale, tournée avec peu de moyens et beaucoup de coeur, vient dynamiter ces jugements hâtifs. C'est drôle et chaud. Ça fait du bien dans la tête et dans le corps.
10.
AUDITION de Takashi Miike
Le meilleur film de Takashi Miike. Une sorte de cauchemar éveillé que Buñuel aurait certainement adoré qui ne repose pas que sur sa scène finale exorbitante et dans lequel deux inadaptés de l’amour (un endeuillé et un monstre) se dévorent lentement. Très lentement.
11.
PIQUE-NIQUE A HANGING ROCK de Peter Weir
Pour comprendre ce que ce très beau film essaye de nous communiquer, toujours au-delà des images, il faut saisir une essence atmosphérique, succomber au temps destructeur qui ne ramène rien pas même les peaux mortes, aller au-delà de ce qui nous dépasse ou de ce que l’on ne comprend pas. Difficile de résister au charme d’une telle invitation.
12.
TERRE BRULEE de Cornel Wilde
Un film de science-fiction incroyablement pessimiste sur fond de fin du monde qui poursuit les préoccupations écologiques déjà évoquées dans
La proie nue et qui servira de base aux post-nuke des années 70/80 – genre que l’on réduit trop souvent à
Mad Max de George Miller.
13.
JEUX INTERDITS DE L'ADOLESCENCE de Pier Giusepe Murgia
Des enfants paumés (dont la fascinante Eva Ionesco) se comportent comme des adultes dans un étrange théâtre agreste. Chacun pense ce qu’il veut sur ce film qui prête évidemment à la controverse mais cette étrange graine de cauchemar où le désir ne se contente pas de désirer constitue sans peine l’une des expériences les plus extrêmes d’une vie de cinéphile. Il faut l’avoir vécue pour en parler.
14.
LES MILLE ET UNE NUITS de Pier Paolo Pasolini
Des contes féeriques à l’érotisme très excitant. Ce film de Pasolini célèbre l’hédonisme sous toutes ses formes et s’impose comme l’exacte antithèse de Salo ou les 120 journées de Sodome.
15.
REQUIEM POUR UN MASSACRE de Elem Klimov
Imaginez un mélange entre
Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 79) et
L’enfance d’Ivan (Andrei Tarkovski, 62) qui surpasse ces deux modèles imposants. Imaginez une représentation inédite de la folie des hommes dans un contexte barbare, perçue à hauteur d’enfant. Imaginez un long métrage russe tourné à la Steady Cam et inconnu au bataillon dont une simple vision suffit pour marquer à vie. Avec
Requiem pour un massacre (Come and see), Elem Klimov a fait très fort.
16.
LE CLUB DE LA CHANCE de Wayne Wang
Si vous deviez choisir un bon mélodrame pour cet été, prenez celui-ci: il est dépourvu de prétention et des scories usuelles du genre (chantage à l’émotion, pathos gluant). En substance, ces histoires de femmes meurtries par le temps et forgées par les épreuves traduisent l’essentiel (ce que l’on cache par pudeur) au-delà des mots.
17.
MIRACLE MILE de Steve De Jarnatt
Une comédie étrange narrée dans un climat apocalyptique qui raconte exactement la même histoire d’amour que Cloverfield vingt ans avant avec un nihilisme très audacieux.
18.
LE VILLAGE de M. Night Shyamalan
Un faux film fantastique qui renferme une sublime histoire d’amour guidée par la foi où toute la partie dans les bois (notamment la rencontre avec le loup-garou) atteint un sommet de précieuse poésie entre Borzage, Cocteau et Jordan que l’on ne retrouvera peut-être plus jamais dans le cinéma contemporain.
19.
CHUNGKING EXPRESS de Wong Kar-Wai
Rien n’est plus beau que les déambulations de Faye Wong qui n’ose jamais vraiment regarder la personne qu’elle désire en face, de peur qu’elle ne devine ses sentiments. Toujours des regards en coin, une musique mise à fond pour fuir une rencontre qui ne se fera peut-être jamais, un chemin constamment emprunté pour mieux être vu de l’autre, une maison remise à neuve pour effacer les souvenirs et installer une nouvelle présence. Rien n’est plus triste que Takeshi Kenshiro qui noie son chagrin solitaire en bouffant des boîtes d’ananas ou Brigitte Lin qui fume sa clope avec ses lunettes noires.
20.
BROWN BUNNY de Vincent GalloConsidéré comme l’un des plus mauvais films au monde, Brown Bunny est un sublime film-suicide qui se détruit, se mutile avec une extrême violence et une choquante beauté. Gallo refuse le compromis, ne s’ouvre pas au monde. Sans doute parce qu’il n’en a plus envie. Une œuvre qui baigne dans une telle mélancolie et un tel désespoir qu’elle reste hermétique à tout jugement critique.