De passage à Paris pour assurer la promo de son "magnum opus" Les trois royaumes, le grand John Woo a accepté de revenir avec nous sur ce film unique (diffusé chez nous dans une version courte de 2h25 supervisée par le maître) qui marque le retour triomphal du cinéaste dans son pays natal, avec à la clé un carton public, critique et surtout artistique. Conversation tranquille avec un honnête homme.
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Les trois royaumes est votre premier film chinois depuis longtemps. Etiez-vous arrivé au bout de votre parcours hollywoodien ou bien souhaitiez-vous simplement retourner vers vos racines ?Je serai toujours plein de reconnaissance vis-à-vis d’Hollywood, c’était une telle opportunité pour moi, j’ai tant appris là-bas, notamment au niveau du style ou de la gestion des effets spéciaux. Mais après mon dernier film américain en date,
Paycheck, comme je n’arrivais pas à trouver de bon script, je me suis dit qu’il était temps de rentrer en Chine. Vous comprenez, j’avais tellement appris de bonnes choses à Hollywood, sur la manière de faire un film, que j’ai pensé qu’il me fallait retourner en Chine pour apporter ce savoir à la jeune génération qui essaie de faire du cinéma. Il y a là-bas beaucoup de jeunes gens qui ont une grande passion pour le cinéma, qui veulent travailler sur des films à grand spectacle et qui apprennent très vite. Ils ont vraiment soif de nouvelles techniques. Ce sont eux qui m’ont donné envie de refaire un film en Chine, mais avec de gros moyens, de grandes scènes et des effets spéciaux étonnants. Je voulais faire cette sorte de film, en Chine, avec des techniciens chinois et des techniciens américains, afin que les uns et les autres travaillent ensemble et se nourrissent de leur savoir-faire mutuel. J’avais envie de créer ce pont parce que je sais qu’il y a un vrai public pour ce genre de films chinois en Occident, comme l’a prouvé le succès de
Tigre et dragon ou
Hero en Europe et en Amérique. En même temps, l’histoire des 3 royaumes est très différente de tous les représentants de cette nouvelle vague du film d’arts martiaux : c’est un film de guerre très réaliste, sans personnages qui volent, qui parle de courage, d’amitié et de loyauté. Ce sont des valeurs spirituelles universelles et je pense que cela aidera le public international à mieux comprendre les différents aspects de la culture chinoise. Faire un tel film en Chine est un vrai challenge car c’est une nouvelle expérience pour tout le monde, beaucoup de choses ont changé en Chine.
Ce n’est plus le même monde que celui que vous avez quitté au milieu des années 90…Oui. J’avais l’impression de rentrer à la maison, mais bon, j’ai encore des projets au Etats-Unis, j’aime toujours Hollywood. En fait, l’avantage, en Chine, lorsque vous y faites un film, c’est que tout est plus facile. A Hollywood, tout prend un temps fou, il y a trop de réunions, de notes internes, tout le monde donne son avis. Et logiquement, ça retarde considérablement l’avancée d’un projet. Alors qu’en Chine, vous rencontrez les responsables du studio, vous leur dites « Je veux faire une superproduction qui va s’appeler Les trois royaumes » et ils vous répondent « Ok, allez-y ! ». Et après, je fais ce que je veux, j’ai carte blanche. Tout est si facile et si chaleureux. Les producteurs n’ont pas besoin de me dire ce que je dois faire, ils veulent juste savoir ce que je veux faire. Et en plus, sur le tournage, vous travaillez avec des gens intelligents, jeunes, plein d’entrain.